Théâtre des Champs-Élysées, 25 mars
Le très rare Ascanio in Alba de Mozart n’avait pas été donné à Paris depuis un spectacle Salle Favart en 1993. Au centre d’une mini tournée, cette version de concert légèrement mise en espace fait escale au TCE. Il faut toute l’énergie et le savoir-faire élégant de Christophe Rousset, à la tête, depuis son clavecin, de Talens Lyriques en grande forme, pour animer cette « serenata teatrale », jolie mais bien peu dramatique, créée à Milan en 1771 lors du mariage de l’archiduc Ferdinand : le livret a manifestement peu stimulé le compositeur de 15 ans, si l’on compare avec l’invention et la force de Mitridate un an avant, ou de Lucio Silla l’année d’après.
Le Jeune Chœur de Paris sonne encore assez vert, avec une belle implication chez les femmes mais des pupitres masculins bien faiblards : on espère que sur les autres dates, à Vienne et Lausanne, l’Arnold Schoenberg Chor et l’Ensemble Vocal de Lausanne auront été plus performants. Heureusement, le plateau, très international, est de qualité, sinon idéal. Le moins convaincant est l’Aceste d’Alasdair Kent, confronté à deux airs aux tessitures opposées. Le premier, très central, l’oblige à une reprise entièrement réécrite. Du second, hérissé d’aigus et de coloratures, le ténor australien se sort avec habileté au prix d’une émission un peu étroite et de quelques tensions dans le suraigu. Aux deux airs de Venere, de jolie facture mais peu caractérisés, la soprano Mélissa Petit apporte sa sûreté technique, sans marquer vraiment, peut-être en partie à cause d’une diction assez floue.
On remarque bien davantage les deux airs de Fauno, en particulier le brillantissime « Dal tuo gentil sembiante », qui permet à Eleonora Bellocci de déployer une virtuosité jubilatoire : suraigus triomphaux, vocalises vif-argent, piqués et trilles gourmands. Dommage de n’en donner que la version courte ! La soprano russo-libanaise Anna El-Khashem incarne la nymphe Silvia avec un charme de tous les instants, et une voix fruitée qui affronte crânement les passages d’agilité malgré quelques duretés dans le suraigu. Mais c’est dans « Infelici affetti miei » – l’un des très rares airs lents de la partition – qu’elle semble le plus inspirée, en un cantabile aussi impeccable que touchant. Enfin, on se demande si Ascanio, écrit pour le castrat Manzuoli, convient vraiment à Alisa Kolosova, à ce stade d’une carrière l’affichant plutôt en Ulrica ou Carmen : son beau mezzo cuivré ne manque pas d’autorité, mais ce gros son vibré et cette virtuosité prudente peinent à suggérer un jeune adolescent amoureux, d’autant que la tessiture grave l’oblige à maintes extrapolations aiguës aux reprises, notamment dans « Ah di sì nobil alma ».
THIERRY GUYENNE
Mélissa Petit (Venere)
Alisa Kolosova (Ascanio)
Anna El-Khashem (Silvia)
Alasdair Kent (Aceste)
Eleonora Bellocci (Fauno)
Christophe Rousset (dm)
.