Théâtre du Capitole, 19 avril
Un quart de siècle après sa première représentation sur la scène du Capitole, la production de Nicolas Joel (reprise par Émilie Delbée) n’a rien perdu de sa pertinence. À la sobriété toute classique de la direction d’acteurs répond le luxe des costumes, la stylisation des décors et l’efficacité des lumières. Voilà sans nul doute une traduction très classique de l’œuvre de Verdi que l’on n’a pas de mal à préférer à tant et tant de relectures alambiquées.
La vraie nouveauté réside plutôt dans la distribution vocale. Passant souverainement des déchaînements ravageurs à de bouleversants aveux de doute et de faiblesse, Michael Fabiano campe un Otello terrible et touchant à la fois. Depuis l’« Esultate! » du guerrier victorieux jusqu’au « Niun mi tema » qui précède son suicide, rien ne manque à ce portrait quasi clinique d’un homme désemparé. Au cours des prochains mois, le ténor américain ne doit-il pas reprendre ce rôle, qui lui convient si bien, au Met de New York puis au Teatro Colón de Buenos Aires ? Une même intelligence tant dramatique que musicale se retrouve dans le jeu d’Adriana González. Avec un savant mélange d’énergie et de suavité, de résignation et de révolte, elle campe une Desdemona de très haut vol, dans la lignée directe de Renata Tebaldi ou Renée Fleming. Nikoloz Lagvilava appartient lui aussi à la famille des grands verdiens. C’est avec un timbre et une incarnation scénique d’une noirceur impressionnante qu’il retrouve ici le personnage d’Iago, à coup sûr l’un des fleurons de son répertoire. Julien Dran et Irina Sherazadishvili sont respectivement un Cassio et une Emilia comme seuls les plus grands théâtres peuvent aujourd’hui en proposer.
Mais il faut citer aussi à un même niveau d’excellence ceux qui tiennent des emplois plus modestes, ainsi que les choristes dans leur ensemble. Une telle réussite, reposant sur un parfait équilibre entre ce que l’on voit et ce que l’on ressent au plus profond de soi, n’aurait pas été possible sans le travail tout en nuances et en chaleur communicative qu’effectue Carlo Montanaro à la tête de l’orchestre.
PIERRE CADARS
Michael Fabiano (Otello)
Nikoloz Lagvilava (Iago)
Julien Dran (Cassio)
Andrès Sulbarán (Roderigo)
Jean-Fernand Setti (Lodovico)
Zaza Gagua (Montano)
Adriana González (Desdemona)
Irina Sherazadishvili (Emilia)
Carlo Montanaro (dm)
Nicolas Joel (ms)
Ezio Frigerio (d)
Franca Squarciapino (c)
Vinicio Cheli (l)
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