Opéra National de Lorraine, 1er octobre
L’Otello minimaliste de Ted Huffman ne nous avait guère convaincu l’an passé lors de sa création à Strasbourg, avec un rôle-titre sans aucun stigmate d’exclusion, et dont toute la dimension charnelle de la relation à Desdemona était niée (voir O. M. n° 217 p. 99). La reprise par Franciska Éry à Nancy réduit encore davantage le propos en faisant de la question du féminicide le centre exclusif du drame. Aussi a-t-on droit, sur le sujet, à l’interview d’une historienne dans le programme de salle, à une installation intitulée La femme coupée en morceaux dans le foyer, aux chiffres des féminicides en France en surtitrage dans la salle avant le spectacle, puis, après la pause, au monologue, féministe avant l’heure dans Shakespeare – mais absent de l’opéra – d’Emilia, suivante de Desdemona. Fait-on si peu confiance au spectateur qu’on doive à ce point lui expliquer ce qu’il doit penser ?
La direction d’une belle fluidité de Giulio Cilona, dont la puissance n’exclut pas la délicatesse, fait heureusement un peu oublier la lourdeur du propos, à la tête d’un orchestre maison en grande forme, tout comme les chœurs réunissant, comme à Strasbourg, ceux de l’Opéra National de Nancy-Lorraine et de l’Opéra National du Rhin. Seul le « Fuoco di gioia », trop sage, souffre d’une mise en place pas impeccable.
Samuel Sakker est un Otello solide et endurant, mais le médium manque d’étoffe et l’aigu d’éclat : d’où un « Esultate! » prudent, et des affrontements avec Desdemona tournant à l’avantage de celle-ci. Yaritza Véliz possède, il est vrai, un instrument glorieux, capable également de beaux piani, mais peine à suggérer la fragilité du personnage, nous faisant regretter la merveilleuse Adriana González. Enfin, Daniel Scofield est par son baryton mordant un Iago efficace, même s’il manque un peu de perversité. Pour les seconds rôles, à côté de Roderigo et Montano sans reproches et du toujours séduisant Cassio de Joel Prieto, mention spéciale à Marie-Juliette Ghazarian, Emilia vigoureuse, et à Sulkhan Jaiani, Lodovico au timbre de bronze.
THIERRY GUYENNE
Samuel Sakker (Otello)
Daniel Scofield (Iago)
Joel Prieto (Cassio)
Grégoire Mour (Roderigo)
Sulkhan Jaiani (Lodovico)
Yong Kim (Montano)
Yaritza Véliz (Desdemona)
Marie-Juliette Ghazarian (Emilia)
Giulio Cilona (dm)
Ted Huffman (ms/d)
Astrid Klein (c)
Bertrand Couderc (l)
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