Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez, 1er septembre
Pour la deuxième année, la Philharmonie de Paris débute sa saison avec le festival symphonique Prem’s, copié des Proms de Londres, avec 700 places debout à 15 € au parterre. Premier orchestre invité, celui du Met, mené par son directeur musical, fait la part belle à la voix, avec Elza van den Heever. Quel faire-valoir Richard Strauss est pour l’orchestre, le pot-pourri sur le Rosenkavalier puis le poème symphonique Ein Heldenleben le confirment, Yannick Nézet-Séguin faisant glorieusement sonner sa phalange, non sans une certaine complaisance dans le tonitruant cependant, qui n’épargne pas non plus la scène finale de Salome.
Depuis sa prise de rôle à l’Opéra National de Paris en 2022, Elza van den Heever a fait de la Princesse de Judée l’un de ses emplois fétiches, en particulier à New York. Si le début parlando (« Es ist kein Laut zu vernehmen ») est curieusement inaudible, elle rend ensuite avec beaucoup de sûreté, et en incarnant le personnage de tout son corps, ce monologue si meurtrier par sa longueur, son ambitus (du sol bémol grave au si bémol aigu), et la puissance qu’il requiert sur les paroxysmes orchestraux. Une performance très impressionnante, notamment dans des aigus triomphaux, mais presque constamment cantonnée par une direction oublieuse du commandement de Strauss (« dirige Salome et Elektra comme si c’était du Mendelssohn : de la musique d’elfes ! ») dans un chant athlétique, auquel manquent des plages de transparence dans la pâte orchestrale pour mieux servir le texte, mais aussi la sensualité du personnage.
À la toute fin du concert, la soprano revient pour un rappel, un Zueignung mollement rendu par l’orchestre, sans aucune progression entre les trois strophes, et avec une certaine indifférence au mot, mais qui vaut un triomphe à tout le monde.
THIERRY GUYENNE
Yannick Nézet-Séguin (dm)
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