
1 CD Decca 576 7566
Composé en 1888, ce « melodramma » en un acte et deux tableaux était jusqu’à présent inconnu de tous. On savait seulement qu’il avait été classé sixième à la deuxième édition du Concours Sonzogno, alors que Cavalleria rusticana (Mascagni) obtenait le Premier prix. C’est à partir d’une partition autographe conservée à la Beinecke Library de Yale qu’Andreas Gies a pu, avec la collaboration d’Emanuele d’Angelo (pour la mise au point du livret), en établir tout récemment une édition critique. Le 12 février 2026, Marina a pu ainsi être pour la première fois présentée en public, en version de concert, au Teatro Dal Verme de Milan et, du même coup, enregistrée.
Dans cette œuvre de jeunesse, dont la durée ne dépasse pas une heure, se devine déjà tout ce qui, au cours des années suivantes, va établir la renommée d’Umberto Giordano, grâce à des opéras tels qu’Andrea Chénier (1896), Fedora (1898) ou Siberia (1903). Par son sujet déjà mais également par la tension continuelle et par les couleurs violentes qui émanent de l’orchestre et des voix, voilà bien un ouvrage dans le goût vériste qui devenait alors à la mode en Italie. Si l’on reconnaît à plus d’un moment l’héritage direct de La Gioconda (Ponchielli, 1876) et d’Otello (Verdi, 1887), c’est surtout Carmen (Bizet, 1875) qui semble ici avoir servi de modèle. Sur fond de guerre entre la Serbie et le Monténégro, Marina offre l’hospitalité à un ennemi, Giorgio, qui, blessé, s’est réfugié chez elle. Interviennent alors, dans cette « tranche de vie » particulièrement sanglante, Daniele, le frère de Marina, l’un des chefs des combattants monténégrins, ainsi que Lambro, vaillant soldat lui aussi, qui espère pouvoir se marier avec elle. Découvert, Giorgio est condamné à mort mais Marina, qui l’aime, tente de le faire fuir. Par jalousie, Lambro la poignarde.
Sur ce livret écrit par Enrico Golisciani, Giordano, qui n’a alors que 20 ans, compose une œuvre plus que prometteuse. Les caractères des quatre protagonistes sont fort bien définis. Ils exigent de leurs interprètes un engagement dramatique et une résistance vocale à toute épreuve. On s’en rend compte à l’écoute de cet enregistrement dont la distribution est en tous points idéale. Voix larges, ardentes autant qu’il le faut et néanmoins capables de savants raffinements, Eleonora Buratto et Freddie De Tommaso prouvent ici, à tout moment, que le vérisme n’a rien de vulgaire, rien de facile non plus. On peut en dire autant pour les deux barytons, Nicholas Mogg et Mihai Damian, parfaits l’un et l’autre dans des rôles à leur mesure. Une telle réussite aurait-elle été aussi complète sans la vaillance des chœurs, présents à plusieurs moments du drame, et plus encore sans l’intelligence musicale de Vincenzo Milletarì, qui sait donner à cette intrigue haletante la respiration du « grand opéra » ?
PIERRE CADARS
1 CD Decca 576 7566
Eleonora Buratto (Marina) – Freddie De Tommaso (Giorgio Lascari) – Mihai Damian (Lambro) – Nicholas Mogg (Daniele)
Coro della Fondazione Teatro Petruzzelli – Orchestra I Pomeriggi Musicali di Milano, dir. Vincenzo Milletarì
.