Opéras Rienzi à Bayreuth
Opéras

Rienzi à Bayreuth

10/08/2026
© Enrico Nawrath

Festspielhaus, 3 août

Depuis 1901, lorsque Cosima avait ajouté Der fliegende Holländer aux ouvrages canoniques donnés sur la Colline sacrée, Bayreuth n’avait plus proposé d’entrée à son répertoire. Cet été, qui marque le 150e anniversaire du festival, outre un Ring éphémère piloté par IA, Katharina Wagner rehausse les célébrations en programmant exceptionnellement Rienzi, plus grand succès du compositeur de son vivant, qui franchit les portes du Festspielhaus pour la première fois – le bicentenaire de 2013 l’avait déjà fait résonner à Bayreuth, mais dans le complexe sportif de l’Oberfrankenhalle.

Alexandra Szemerédy et Magdolna Parditka, en charge de la mise en scène, des décors et des costumes, font tourner à plein la machinerie de Bayreuth, avec des structures de béton escamotables, façon immeubles futuristes occupés par un peuple volatil, abreuvé de réseaux sociaux, de chaînes d’info en continu et de désinformation. L’ascension, le triomphe et la déchéance du « dernier des tribuns » y sont dépeints avec la même actualisation surexploitée ces dernières années dans le moindre opéra politique. Dans cette société névrosée, au bord de l’implosion, la recherche de la popularité guide jusqu’à l’acte du vote, où chacun se met en scène en appuyant son gros pouce sur un bouton « like ».

La production insiste sur le pragmatisme fatal de Rienzi, dont on a cru tout au long du spectacle qu’Irene était l’épouse avec laquelle il avait subi le traumatisme de la perte d’un enfant – comprenne qui pourra des motivations d’Adriano vis-à-vis de la « sœur » du tyran dans ce contexte ! – et souffre surtout d’une direction d’acteurs un peu poussive (les chœurs), mais vaut au moins pour un moment franchement réjouissant. La pantomime du II, dont a été rétabli un tiers de la durée (quinze minutes), est l’occasion d’une mise en abyme sur les planches d’un Festspielhaus miniature, avec un désopilant défilé, façon Monty Python, de l’intrigue des principaux opéras de Wagner.

La distribution affiche des vocalités XXL dont le manque de souplesse rend infranchissable le moindre gruppetto. En Irene, Gabriele Scherer n’a pas le rayonnement de timbre attendu, et déploie une émission puissante mais sans grâce. Même syndrome chez l’Adriano de Jennifer Holloway : matériau ô combien consistant, beau feu vocal, mais où l’on cherchera en vain de la ligne, des nuances et du phrasé – « Gerechter Gott » est sacrifié sur l’autel du seul volume – et dont l’amplitude de l’aigu empêche parfois l’identification des notes.

Dans le rôle-titre, Andreas Schager ne parvient pas à succéder naturellement au grand Rienzi de la décennie 2010, Torsten Kerl, autrement distingué. Dès son entrée fracassante, le ténor autrichien pousse les curseurs au maximum en se lançant dans une avalanche de décibels aussi impressionnante que fatigante sur la durée, dont on troquerait volontiers de la largeur contre du brillant, de la masse contre de l’italianité – sans parler d’une ligne moins expressionniste dans la confidence, où le vibrato s’interrompt au moindre piano.

Enfin, la direction de Nathalie Stutzmann, en cette deuxième représentation sous des températures irrespirables, multiplie les scories de synchronisation, les imprécisions dans les attaques – la « Prière » de Rienzi, déplacée au début du IV, souffre de bois à bout de souffle –, et manque de fermeté pour les épisodes guerriers (les cuivres) dans ce qui reste l’ouvrage wagnérien le plus périlleux à mettre en place. Le phénomène est moins patent dans les pages élégiaques, où le rubato très vocal de la cheffe trouve matière à épanouissement, mais l’artiste ayant pris la baguette sur le tard, les ensembles et scènes chorales (au III notamment), qui s’acquièrent après des années en fosse à manger des kilomètres d’opéra italien, manquent forcément de métier.

YANNICK MILLON

Andreas Schager (Cola Rienzi)
Gabriela Scherer (Irene)
Andreas Bauer Kanabas (Steffano Colonna)
Jennifer Holloway (Adriano)
Michael Nagy (Paolo Orsini)
Vitalij Kowaljow (Kardinal Raimondo)
Matthias Stier (Baroncelli)
Michael Kupfer-Radecky (Cecco del Vecchio)
Nathalie Stutzmann (dm)
Alexandra Szemerédy, Magdolna Parditka (ms/dc)
Bernd Gallasch (l)
Leonard Koch (v)

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