Concerts et récitals Le Château de Barbe-Bleue à Aix-en-Provence
Concerts et récitals

Le Château de Barbe-Bleue à Aix-en-Provence

19/07/2026
Gerald Finley, Irene Roberts et Klaus Mäkelä. © Vincent Beaume

Grand Théâtre de Provence, 11 juillet

Le Château de Barbe-Bleue confirme, dans cette version de concert au Grand Théâtre de Provence, combien cette partition abyssale conserve intact son pouvoir de fascination. L’ouvrage, ce conte sombre et énigmatique, intrigue autant par sa densité, une petite heure à peine, que par sa structure en chemin de croix amoureux, où chaque question de Judith à Barbe-Bleue précipite la tension vers l’issue fatale. L’insistance de la jeune femme à percer le secret des sept portes autorise le compositeur à sublimer une atmosphère suffocante et à déployer son univers sonore hors norme.

Gerald Finley campe un Barbe-Bleue d’autant plus troublant que son timbre, plus clair qu’attendu, en préserve toute la noirceur. Dès les premières mesures, la présence est totale, portée par un art du souffle qui distille la menace sans jamais la crier. Seule l’intelligence de la ligne suffit à instiller une inquiétude sourde, celle d’un être tour à tour impénétrable et résigné. Quelques élans plus généreux attestent qu’il sait, avec aplomb, tenir tête au grondement de la phalange placée derrière lui. Pour sa prise de rôle, Irene Roberts convainc sans réserve en Judith. La mezzo américaine investit chaque repli de la partition d’une variété de couleurs peu commune et passe, avec aisance, du murmure le plus ténu au cri d’effroi le plus vertigineux, tel ce contre-ut lancé crânement à l’ouverture de la cinquième porte. La plasticité du chant et la justesse de l’incarnation s’unissent à l’ampleur d’un volume parfaitement maîtrisé pour sculpter une Judith aussi audacieuse que sensuelle.

Klaus Mäkelä dirige l’Orchestre de Paris avec une virtuosité accomplie, sonde les textures et révèle une richesse instrumentale dont on croyait connaître chaque aspect. De rares excès de décibels, délibérément recherchés, tendent par instants à couvrir les solistes. Sa battue ménage néanmoins de magnifiques nuances, signe que la vérité de cette page tient moins à la puissance du son qu’à sa capacité à pénétrer les zones les plus obscures de l’âme humaine.

CYRIL MAZIN

Gerald Finley (Barbe-Bleue)
Irene Roberts (Judith)
Klaus Mäkelä (dm)

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