Concerts et récitals Juan Diego Flórez à Pesaro
Concerts et récitals

Juan Diego Flórez à Pesaro

10/09/2026
© Amati Bacciardi

Auditorium Scavolini, 18 août

En 2016, pour célébrer vingt ans de présence à Pesaro, Flórez évoquait en dix titres son parcours au festival, de ses débuts dans Matilde di Shabran à La donna del lago, avec le soutien de quelques collègues. Pour ce trentième anniversaire, il a décidé d’affronter seul sa propre légende. Trois airs seulement renvoient à sa carrière rossinienne, piochés dans La pietra del paragone, son répertoire initial de tenore di grazia ; La Cenerentola, dont la virtuosité a fait de Ramiro l’un de ses rôles majeurs ; et Guillaume Tell, où il a touché au maximum de ce que son matériau vocal lui permettait.

D’emblée, un rien de tension se fait sentir. L’aigu, un peu terni, est souvent donné en force et la vocalise manque de souplesse. Surtout, d’un air à l’autre se ressent une certaine uniformité, due au fait que le chanteur se contrôle en permanence. Après l’entracte vient la seconde carrière où, de contraltino, il est passé au ténor lyrique et au répertoire français. Après une « Prière » du Cid avant tout héroïque, suit « Salut, demeure chaste et pure », fignolé jusqu’au maniérisme. Sa « Légende de Kleinzach », pleine de caractère, joue bien du contraste entre la caricature et l’échappée lyrique, mais le médium paraît toujours un peu faible et l’articulation française moins claire qu’à l’ordinaire. C’est dans le grand air de La Fille du régiment que soudain Flórez paraît avoir retrouvé sa première fraîcheur, avec ce sens piquant de la scène et les huit contre-ut donnés sans le moindre effort. Éblouissant de facilité et de naturel, il termine avec trois bis : une délicate Mattinata de Leoncavallo, « L’alba separa dalla luce l’ombra » de Tosti, un rien sirupeux, et « La donna è mobile », plein d’entrain, souvenir de son unique rôle verdien.

Le ténor peut compter sur le soutien du chef Iván López Reynoso à la tête de l’excellent Orchestra del Teatro Comunale de Bologne qui régale en outre le public de brillantes Ouvertures, et du « Ballo » du Viaggio a Reims. Triomphale, la soirée nous ramène toutefois à la fameuse question de Chamfort : « Peut-on être et avoir été ? »

ALFRED CARON

Iván López Reynoso (dm)

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