Opéra Bastille, 13 juin
Après l’enthousiasmante résurrection d’Ercole amante de l’inconnue Antonia Bembo, production-phare de la saison, la reprise de la calamiteuse Traviata signée Simon Stone fait pâle figure. Inutile de revenir sur cette soi-disant lecture « moderne » censée revivifier le roman de Dumas fils : Violetta, influenceuse, promeut ses cosmétiques sur d’envahissants réseaux sociaux, fait la fête, dépense sans compter et tombe amoureuse alors que la récidive de son cancer la conduit inexorablement vers la mort. Dans cette version 2.0, tout sonne faux, tout est toc ou franchement ridicule, et l’on enrage de voir des artistes réduits à s’abaisser ainsi pour répondre aux diktats d’un metteur en scène assassin.
Pretty Yende (déjà Violetta en 2019) joue le jeu sans trop y croire et offre un portrait en surface de cette dévoyée hypercontemporaine, qui subit son destin comme une automate mue par une IA. Son chant lisse, incolore, inodore, accentue de plus une interprétation convenue qui pour le coup n’apporte rien de neuf au personnage. Le ténorino Thomas Atkins, qui remplace René Barbera souffrant, n’est pas vilain garçon et se tire plutôt bien des maigres indications scéniques transmises à la hâte, mais sans doute en raison du trac, sa voix reste constamment réduite et aigrelette, sans parvenir à passer la rampe.
De coffre, de projection et de talent, Ludovic Tézier en a à revendre, et c’est un luxe d’avoir pu assister sur ce plateau à la constante évolution de son Germont père qui, d’autoritaire et de cassant, s’est avec le temps humanisé. Avec Scarpia, Rodrigue/Rodrigo et Rigoletto, notre plus grand baryton français confirme qu’il tient là un carré d’as inégalé et inégalable. Chœur, comprimari et orchestre dirigé platement par Marta Gardolińska viennent compléter cet ultime spectacle de la saison.
FRANÇOIS LESUEUR
Pretty Yende (Violetta Valery)
Seray Pinar (Flora Bervoix)
Cassandre Berthon (Annina)
Thomas Atkins (Alfredo Germont)
Ludovic Tézier (Giorgio Germont)
Nicholas Jones (Gastone, visconte de Letorières)
Luis-Felipe Sousa (Barone Douphol)
Florent Mbia (Marchese d’Obigny)
Amin Ahangaran (Dottore Grenvil)
Marta Gardolińska (dm)
Simon Stone (ms)
Bob Cousins (d)
Alice Babidge (c)
James Farncombe (l)
Zakk Hein (v)
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