Opéras Tosca à Turin
Opéras

Tosca à Turin

28/06/2026
Chiara Isotton et Roberto Frontali dans Tosca. © Mattia Gaido

Teatro Regio, 16 juin

Pour cette nouvelle production de Tosca, Stefano Poda a imaginé un espace monumental de marbre, peuplé de vestiges archéologiques, de figures allégoriques et de références à l’histoire de Rome. Le conflit entre Scarpia et Cavaradossi devient celui de deux époques : d’un côté un Ancien Régime condamné par l’histoire, de l’autre une modernité encore incertaine mais irrésistible. Refusant le recours à la vidéo, qu’il juge contraire à la nature physique du théâtre lyrique, le metteur en scène privilégie des dispositifs holographiques destinés à donner corps aux apparitions qui traversent son univers visuel. Il accumule ainsi les images rituelles et les symboles, particulièrement dans un Te Deum conçu comme une procession intemporelle de souverains pontifes, tandis que les protagonistes tendent à se transformer en archétypes plus qu’en personnages de chair et de sang. D’une indéniable cohérence esthétique, cet édifice peine pourtant, à mesure que la soirée avance, à trouver une véritable nécessité dramaturgique. Cette faiblesse se reflète également dans une direction d’acteurs oscillant entre hiératisme et agitation démonstrative.

Dans la fosse, Andrea Battistoni adopte une lecture ample, aux tempi volontiers retenus. Ceux-ci permettent de faire émerger avec netteté les détails instrumentaux. Cette attention aux couleurs orchestrales ne se fait jamais au détriment du théâtre : grâce à un dosage très maîtrisé des dynamiques, la tension dramatique demeure constamment présente, l’orchestre maison répondant avec précision aux sollicitations de son directeur musical.

Chiara Isotton possède une voix ample et solidement projetée, avec un registre grave riche et une assise qui lui permettent d’affronter sans difficulté les exigences du rôle-titre, même en dépit de certaines tensions dans l’aigu. Son incarnation appelle cependant des réserves : le personnage manque de véritable charisme scénique, et certains accents, excessivement appuyés, tendent vers un vérisme un peu démonstratif qui nuit à la spontanéité du portrait.

Martin Muehle aborde avec assurance les passages les plus exposés de la tessiture grâce à une émission très couverte : les aigus sont solides et volumineux, sans posséder pour autant le rayonnement ni le mordant que l’on attend idéalement de Cavaradossi. Le phrasé demeure souvent uniforme et peu sensible aux nuances du texte, défaut encore accentué par une caractérisation scénique poussée à l’excès, comme dans « E lucevan le stelle », où le ténor passe l’essentiel de l’air à se contorsionner au sol, une agitation qui finit par détourner l’attention de cette méditation intime où devraient dominer le souvenir, le regret et la conscience douloureuse de la vie qui s’échappe.

Malgré les traces inévitables laissées par une longue carrière, Roberto Frontali est un Scarpia de tout premier ordre. La voix a perdu sa fraîcheur d’antan, mais l’autorité de l’émission, la qualité de la diction et surtout l’intelligence de l’incarnation impressionnent. Là où tant d’interprètes privilégient la brutalité et les éclats de colère, le baryton construit un personnage d’autant plus inquiétant qu’il reste maître de lui-même, froid, calculateur et presque courtois, ne cédant qu’exceptionnellement aux accès de fureur. Parmi les seconds rôles, on retiendra le Sacristain savoureux de Matteo Torcaso ainsi que le Spoletta de Cristiano Olivieri.

PAOLO DI FELICE

Chiara Isotton (Floria Tosca)
Martin Muehle (Mario Cavaradossi)
Roberto Frontali (Il Barone Scarpia)
Igor Durlovski (Cesare Angelotti)
Matteo Torcaso (Il Sagrestano)
Cristiano Olivieri (Spoletta)
Eduardo Martínez (Sciarrone)
Lorenzo Battagion (Un carceriere)
Andrea Battistoni (dm)
Stefano Poda (ms/dcl)

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