Chassé Theater, 30 mai
Petit chef-d’œuvre du répertoire « bouffe » français, L’Étoile reste une œuvre rare. Paris ne l’a pas vue depuis la mise en scène du duo Makeïeff-Deschamps à l’Opéra-Comique il y a presque vingt ans. Il faut donc aller dans le sud des Pays-Bas pour y découvrir la production très réussie que monte Opera Zuid, concluant ainsi brillamment sa saison 2025-2026, toujours aussi créative. Courageusement, la compagnie néerlandaise a choisi de le donner entièrement en français, dialogues compris, en les adaptant afin d’offrir au public des équivalents sonores des jeux de mots originaux, et de les actualiser afin de les rendre plus parlants.
La mise en scène de Matthew Eberhardt utilise un dispositif unique (spectacle itinérant oblige) dont l’élément central est un élégant manège de chevaux de bois, doré, qui accueillera tour à tour le trône d’Ouf Ier et le siège du pal. Le jeu des lumières, la richesse des couleurs, les amusants costumes inspirés des « Années folles » soutiennent une direction d’acteurs vivante qui croque avec finesse, humour et sensibilité des personnages auxquels les chanteurs offrent leur personnalité.
Seule francophone « native » de la distribution, Brenda Poupard se révèle un Lazuli garçonnier à souhait, d’une vivacité scénique inépuisable. Sa jolie voix de mezzo colorature sied à merveille à une écriture dans la droite ligne des rôles travestis d’Offenbach. Si son sens de la répartie est irrésistible, on reste assez perplexe face au caractère indéchiffrable de ses airs gorgés de sonorités mais désespérément incompréhensibles. À tout prendre, ses collègues « étrangers » s’en sortent beaucoup mieux, même s’il est parfois nécessaire de jeter un coup d’œil sur les surtitres anglais. Anna Emelianova offre à la Princesse Laoula une voix enchanteresse de soprano lyrique pulpeuse et une conduite vocale d’une extrême élégance, offrant à son personnage une caractérisation très subtile.
Avec son ténor de demi-caractère, Erik Slik compose un Ouf Ier aussi délirant et agité que son astrologue, la basse Martijn Sanders, monstre de componction et de naïveté. Très réussi également, le Hérisson de Porc-Épic de Sander de Jong, gonflé de fausse importance, et l’Aloès de Nienke Nasserian, piquante et pleine de désinvolture. Excellent, le Theaterchor d’Opera Zuid, qui fournit également quelques figures secondaires, tel le désopilant Chef de la police de Jules-César Murengezi ou le bel ensemble féminin en extase devant le beau jeune homme endormi au deuxième acte.
À la tête de l’orchestre Philzuid, Nicolas Krüger valorise brillamment la riche orchestration et l’inspiration mélodique de Chabrier, soutenant sans faille cette excellente distribution. L’ensemble se taille un succès mérité auprès d’une salle assez clairsemée, le peu de notoriété de la pièce expliquant peut-être une curiosité limitée de la part du public néerlandais.
ALFRED CARON
Erik Slik (Ouf Ier)
Martijn Sanders (Siroco)
Sander de Jong (Hérisson de Porc-Épic)
Jeroen de Val (Tapioca)
Brenda Poupard (Lazuli)
Anna Emelianova (Laoula)
Nienke Nasserian (Aloès)
Nicolas Krüger (dm)
Matthew Eberhardt (ms)
Zahra Mansouri (dc)
Danny Vavrečka (l)
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