Opéras Salome à Toulouse
Opéras

Salome à Toulouse

03/06/2026
Sophie Koch, Nikolai Schukoff et Nicole Chevalier. © Mirco Magliocca

Théâtre du Capitole, 29 mai

Succédant à la dernière production du Capitole en 2009 – due à Pet Halmen et de triste mémoire –, cette nouvelle Salome marque les débuts de Matthias Goerne comme metteur en scène. Le palais de Herodes est figuré par une paroi semi-circulaire reliant différents niveaux par un grand escalier latéral. L’époque est indéterminée, les soldats en treillis côtoyant un couple royal dont les somptueuses robes noir et or évoquent la Sécession viennoise contemporaine de l’opéra. Certains tableaux sont d’une beauté à couper le souffle, telle la scène finale où l’héroïne chevauche le prophète mort sous une gigantesque lune : de quoi faire passer l’étonnante entorse au livret d’un Jochanaan livré entier – porté par deux Juifs, façon descente de croix, ce qui renforce la dimension christique du personnage. On est sceptique aussi sur une danse de Salomé traitée en viol collectif par sept sbires lui arrachant un à un ses voiles sous le regard satisfait de Herodes : étonnant et spectaculaire – et éprouvant ! – renversement du rapport de force, mais comment après cela la princesse peut-elle être en position d’exiger quoi que ce soit du Tétrarque ? Ces interrogations sont balayées par la puissance de la réalisation musicale et l’excellence du plateau.

La défection de Marie-Adeline Henry a conduit à engager Nicole Chevalier, forte d’une prise de rôle triomphale en novembre dernier au Komische Oper de Berlin. De fait, la soprano américaine emporte tout sur son passage. La voix, longue et puissante – à part dans l’extrême grave –, n’est pas spécialement belle, mais utilisée dans toute sa palette expressive avec un jusqu’au-boutisme sidérant : aigus dardés – même sans le tranchant d’un vrai soprano dramatique – ou soudain filés, sons feulés ou chuchotés, tour à tour rauques ou caressants, alternant avec un cantabile parfait. À ce chant constamment habité répond une performance d’actrice d’une crédibilité totale, tant par la variété des postures et mouvements que par la mobilité des expressions faciales, en particulier dans un monologue final halluciné. Seule nous manquerait peut-être une plus grande attention littéraire.

Le premier Jochanaan de Jérôme Boutillier fait largement le poids face à cette incandescente Princesse de Judée, ce qui n’est pas un mince exploit. Son beau baryton clair, homogène et mordant, parfaitement projeté sans être très large, fait merveille dans l’imprécation comme dans l’ample phrasé de l’annonce prophétique, grâce à un verbe constamment éloquent de Liedersänger à l’allemand parfait. Une prise de rôle remarquable, et sans doute un tournant décisif dans sa carrière.

Le couple royal est pour une fois distribué non à des chanteurs en bout de course, mais de la pleine maturité, que les Toulousains avaient déjà pu entendre ensemble notamment en Tristan et Isolde : une complicité qui ne rend que plus délectables leurs perpétuels affrontements en Herodes et Herodias, avec un Nikolai Schukoff aux aigus héroïques et une Sophie Koch ironique à souhait sous son extravagante perruque. Enfin, à côté de cinq Juifs déchaînés et deux soldats au chant efficace, on aime beaucoup l’émouvant Page de Floriane Hasler, face au solide Narraboth de Fabien Hyon, lequel manque toutefois d’un rien de fragilité dans le timbre et de lumière dans l’aigu.

Frank Beermann mène le tout de main de maître, galvanisant un Orchestre National du Capitole somptueux (tout particulièrement les bois), déployé jusque dans les deux loges d’avant-scène, en un flux puissant volontiers paroxystique où l’on aurait cependant aimé trouver plus souvent quelques claires-voies de transparence.

THIERRY GUYENNE

Nikolai Schukoff (Herodes)
Sophie Koch (Herodias)
Nicole Chevalier (Salome)
Jérôme Boutillier (Jochanaan)
Fabien Hyon (Narraboth)
Floriane Hasler (Ein Page der Herodias)
Frank Beermann (dm)
Matthias Goerne (ms)
Hernán Peñuela (d)
Christof Cremer (c)
Vinicio Cheli (l)
Beate Vollack (ch)

.

Pour aller plus loin dans la lecture

Opéras La Montagne noire à Bordeaux

La Montagne noire à Bordeaux

Opéras Tancredi à Rome

Tancredi à Rome

Opéras Nabucodonosor à Milan

Nabucodonosor à Milan