Opéras Written on Skin à Francfort
Opéras

Written on Skin à Francfort

02/05/2026
Bo Skovhus et Elizabeth Reiter. © Barbara Aumüller

Opernhaus, 5 avril

Depuis la création de l’œuvre en 2012 au Festival d’Aix-en-Provence, on recense une demi-douzaine de nouvelles productions de l’opéra de George Benjamin, mais la mise en scène initiale de Katie Mitchell reste une référence implicite, tant ses images, partagées entre les multiples coproducteurs et immortalisées au DVD, ont marqué les mémoires.

Tatjana Gürbaca s’en éloigne sans doute autant que possible, proposant un univers visuel poétique et onirique sans aucune référence médiévale, mais réussissant néanmoins à respecter la trame originale du récit de Martin Crimp et la substance des trois personnages principaux. Le décorateur Klaus Grünberg a imaginé une sorte de sommet de globe terrestre avec des collines irrégulières faites d’un assemblage de grands triangles (symboles du triangle amoureux au centre de l’action ?), parsemées çà et là de quelques gratte-ciels illuminés, hauts de quelques dizaines de centimètres. On voit passer un vieil avion ou descendre des cintres des troncs de bouleaux qui viennent former une forêt temporaire. Les costumes de Silke Willrett sont empreints de la même fantaisie douce, mêlant les genres, les modes, les couleurs et les époques pour le personnage d’Agnès et les trois anges, tandis que le Protecteur reste cantonné dans des tenues grises ou noires qui disent l’austérité du personnage. C’est l’art de Gürbaca de raconter l’histoire dans toute sa cruauté – le Protecteur fait manger à Agnès le cœur de son amant – mais sans vraiment recourir à la violence et moins encore à des images gore.

Inscrivant sa lecture dans le prolongement de Debussy et de Berg, Erik Nielsen dirige avec soin le Frankfurter Opern- und Museumsorchester, laissant s’épanouir toutes les couleurs de la partition délicate de George Benjamin et mettant en évidence à chaque instant la transparence de son langage harmonique. Bo Skovhus incarne le Protecteur avec ce qu’il faut de rigueur, et on s’émerveille d’entendre à quel point le temps semble n’avoir pas de prise sur cette belle voix de baryton qu’on admire depuis près de quatre décennies. Pilier de la troupe de l’Opéra de Francfort, Elizabeth Reiter chante et projette avec aisance, excellant à faire évoluer le personnage d’Agnès de la timidité introvertie du début jusqu’à la libération finale, en passant par l’éveil charnel. Si le Deuxième et le Troisième Ange, incarnant également Marie et John (Cecelia Hall et Michael McCown) se révèlent tout aussi convaincants, c’est surtout Iurii Iushkevich qui impressionne : le contre-ténor russe, déjà remarqué à Francfort en Nireno de Giulio Cesare ou à Lyon en Fiodor de Boris Godounov, éblouit dans le double rôle du Premier Ange et surtout de l’amant par la pureté de son chant et l’ambiguïté de genre idéale qu’il confère à ces personnages.

NICOLAS BLANMONT

Bo Skovhus (The Protector)
Elizabeth Reiter (Agnès)
Iurii Iushkevich (The Boy/Angel 1)
Cecelia Hall (Marie/Angel 2)
Michael McCown (John/Angel 3)
Erik Nielsen (dm)
Tatjana Gürbaca (ms)
Klaus Grünberg (dl)
Silke Willrett (c)

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