Opéras Un ballo in maschera à Berlin
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Un ballo in maschera à Berlin

26/04/2026
Anna Netrebko et Amartuvshin Enkhbat. © Stephan Rabold

Staatsoper, 4 avril

Lors de sa création à Valence il y a deux ans, la mise en scène de Rafael R. Villalobos avait laissé à Richard Martet un sentiment mitigé (voir O. M. n° 203 p. 78). La reprise berlinoise ne suscite pas plus d’enthousiasme, au contraire. Outre la laideur tristement banale des décors, on reste sceptique face au prétendu choix revendiqué de la version « de Boston » – en existe-t-il vraiment une autre ? Tout comme on s’interroge sur l’intérêt de la transposition temporelle – « dans les États-Unis des années 1990, à l’époque de la dérégulation de la télévision par câble et de l’émergence de Fox News », précise le programme pour expliquer l’omniprésence de gros postes de télévision – et la pertinence d’y inscrire, superficiellement et sans grande subtilité, certaines problématiques d’aujourd’hui. Ainsi, une Ulrica blanche en complet veston utilise une voyante noire comme image télévisée (mais chante quand même à sa place), et Oscar, en costume, essaie des robes, présenté comme le fils de Renato et Amelia en recherche de transition (« on lui a assigné le genre féminin à la naissance », explique Villalobos) dans un pays qui ne reconnaît pas encore la communauté LGBTQ+.

Le public berlinois, qui en a vu d’autres, n’a apparemment pas cure de ces choix scéniques. Il n’est là que pour Anna Netrebko, dont le Staatsoper est devenu l’un des ports d’attache réguliers et qui, après Naples et Paris, retrouve un rôle où elle a peu de rivales aujourd’hui. La prestation est à la hauteur des attentes : précision des attaques, netteté des aigus, rondeur du timbre et aisance de la conduite, la diva ne déçoit pas. Surtout si l’on s’accommode, une fois pour toutes, d’un chant de sons plutôt que de mots (l’articulation reste floue) et d’une démonstration de puissance qui oublie parfois de laisser place à certaines nuances.

On a d’ailleurs le sentiment que le reste du plateau se laisse entraîner dans un concours de projection : tout le monde chante fort, au point que le résultat manque un peu de subtilité. Pas de problème pour Amartuvshin Enkhbat dont le Renato est propre, net, sans fioritures mais d’une efficacité redoutable. On peut par contre rester un peu plus réservé sur Charles Castronovo qui, comme lors de précédentes incarnations du rôle de Riccardo, fait payer un incontestable panache de quelques coups de glotte, portamenti et autres maniérismes. On admire par contre l’Ulrica sobre mais sonore et exaltante d’Anna Kissjudit, ainsi que l’Oscar lumineux d’Enkeleda Kamani.

Légère déception par contre dans la fosse : la Staatskapelle Berlin, formation lyrique assurément de haut niveau, trahit néanmoins des affinités moins éprouvées avec Verdi qu’avec Wagner ou Strauss, et Enrique Mazzola, éblouissant quand il s’agit de bel canto pur, se montre ici professionnel et efficace, mais sans vraiment faire décoller la partition.

NICOLAS BLANMONT

Charles Castronovo (Riccardo)
Amartuvshin Enkhbat (Renato)
Anna Netrebko (Amelia)
Anna Kissjudit (Ulrica)
Enkeleda Kamani (Oscar)
Carles Pachon (Silvano)
Manuel Winckhler (Samuel)
Friedrich Hamel (Tom)
Enrique Mazzola (dm)
Rafael R. Villalobos (ms)
Emanuele Sinisi (d)
Lorenzo Caprile (c)
Felipe Ramos (l)

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