Opéra Comédie, 3 avril
Créée à Nantes (voir O. M. n° 210 p. 59), cette Traviata selon Silvia Paoli, après Rennes, Angers et Tours, remporte un beau succès à Montpellier. D’un indéniable impact théâtral mais discutable dans sa radicalité misandre, elle est avant tout portée, pour cette reprise, par l’excellence du rôle-titre et de la direction musicale. À la tête d’un Orchestre National Montpellier Occitanie chatoyant et d’excellents chœurs maison, Roderick Cox tend l’arc de la soirée avec une puissance n’excluant ni l’élégance ni la subtilité. Quant à Ruzan Mantashyan, elle allie à une totale justesse du geste la capacité, somme toute très rare, de fondre le sens dans le son : la lecture de la lettre est à ce titre exemplaire, du déclamé au parlé-chanté (à partir de « Attendo! »), avant un « Addio del passato » phrasé à la corde et conclu en un bouleversant pianissimo. Cette voix dense sait aussi donner l’ampleur des moments de grande passion comme « Amami, Alfredo », ou « Gran Dio! morir sì giovane ». Une incarnation magistrale, une fois passé le premier acte cependant, l’instrument paraissant moins à l’aise dans l’agilité et les aigus (même sans contre-mi bémol) du « Sempre libera ».
Le ténor britannique Andrew Owens, arrivé quelques heures avant la première, a su s’intégrer dans la mise en scène, mais la voix est irrégulière, facile par moments, et semblant à d’autres au bord de la rupture dans l’aigu. Gëzim Myshketa assume fort bien le Germont père pétri de certitudes et assez ridicule qu’on lui fait jouer, mais la performance vocale laisse plus partagé : l’instrument est important, mais on regrette le détimbrage en guise de piano, et un certain manque d’ampleur de l’aigu, avec même des « Dio mi guidò » étranglés (« Di Provenza il mar »). Pour les seconds plans, on remarque tout particulièrement l’émouvante Annina de Séraphine Cotrez, remarquable de précision et de présence, ainsi que l’excellent Douphol de Yuri Kissin. Comme à Nantes, la Flora d’Aurore Ugolin frappe par l’autorité de l’accent et la richesse d’un instrument qui semble toutefois avoir perdu en homogénéité.
THIERRY GUYENNE
Ruzan Mantashyan (Violetta Valéry)
Aurore Ugolin (Flora Bervoix)
Séraphine Cotrez (Annina)
Andrew Owens (Alfredo Germont)
Gëzim Myshketa (Giorgio Germont)
Sung Eun Myung
(Gastone, visconte de Letorières)
Yuri Kissin (Barone Douphol)
Maurel Endong (Marchese d’Obigny)
Thibault de Damas (Dottore Grenvil)
Roderick Cox (dm)
Silvia Paoli (ms/ch)
Lisetta Buccellato (d)
Valeria Donata Bettella (c)
Fiammetta Baldiserri (l)
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