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Le Journal d’un disparu & Növények à Massy

16/04/2026
Helena Milošević, Vladimír Šlepec, Laura Kimpe et Angela Simkin. © Gilles Lalande

Opéra, 15 mars

Malgré sa dénomination de « cantate », Le Journal d’un disparu de Janáček (1917-1921), qui a plutôt la forme d’un cycle de mélodies, a très tôt été porté à la scène, du vivant même du compositeur. Sa durée, environ trente-cinq minutes, rend nécessaire un complément de programme. Lukas Hemleb, concepteur du spectacle, a choisi le tout récent cycle de Thomas Adès sur des textes de cinq poètes hongrois, Növények (Plantes, créé en 2022), en faisant non pas se succéder mais s’entremêler les deux. S’y ajoute Darknesse Visible (1992), pièce pour piano seul d’Adès à partir du In Darkness de Dowland, dont Géraldine Dutroncy sait ici traduire l’étonnante dimension cosmique. L’ensemble, intitulé Vanishings (Disparitions), dure moins d’une heure dix, l’alternance bilingue tchèque (dialecte valaque)-hongrois se suivant aisément grâce à un surtitrage ici indispensable.

L’association Janáček-Adès n’a rien d’arbitraire, le compositeur britannique, qui fut élève de György Kurtág, s’intéressant fort aux musiques d’Europe centrale. Comme pianiste, il a d’ailleurs gravé, avec Ian Bostridge, le Journal. De celui-ci, écrit pour piano, Laurent Cuniot, fondateur de l’ensemble TM+, en résidence in loco, qui joue en fosse, a réalisé un arrangement reprenant l’instrumentarium d’Adès pour Növények – quintette à cordes et piano – augmenté d’une harpe et de diverses percussions, qui nous semblent bien s’intégrer, pour d’intéressantes couleurs, à l’écriture de Janáček, quand le liant des cordes atténue un peu l’extrême articulation qui en est une caractéristique primordiale.

On pourra trouver que l’association des œuvres apporte au Journal d’un disparu d’intéressantes respirations méditatives, sur le thème de la condition humaine – dont l’inéluctable disparition –, ou qu’au contraire elle l’étire et le dilue, privant un peu l’histoire du jeune paysan Janik, effrayé mais fasciné par une gitane, et finissant par se libérer et quitter famille et village avec elle et leur bébé, de sa concision et même de son urgence.

La mise en scène, à base d’un cercle d’arbres stylisés et de projections (champs, forêts, voûte céleste…) en fond de scène, est simple, avec des moments poétiques, parfois un peu naïve par son côté illustratif, Zefka la Bohémienne notamment étant sur scène quasiment d’un bout à l’autre, alors qu’en dehors de trois numéros (9-11), tout se passe plutôt comme un monologue intérieur du jeune homme. La mezzo serbe Helena Milošević possède en tout cas l’allure physique et la voix idoines du personnage.

On remarque en fait beaucoup plus l’autre mezzo, la Britannique Angela Simkin, dans les numéros de Növények régulièrement intercalés, où elle déploie un très beau timbre sombre et prenant, mais ne possède pas du tout les notes les plus basses de cette tessiture extrêmement grave. Elle est rejointe par la soprano Laura Kimpe et la contralto Olga Bystrova, toutes deux membres de l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Massy, pour les magnifiques interventions du trio de voix de femmes du Journal. Le ténor slovaque Vladimír Šlepec, enfin, trace un portrait sensible du garçon à la fois emporté par une passion érotique et constamment inquiet, fébrile, apportant à Janik son ténor léger joli de timbre, mais un peu fragile, dépourvu de cette robustesse et ce mordant toujours nécessaires dans Janáček. L’aigu le pousse vite dans ses retranchements, en particulier les deux redoutables montées au contre-ut du dernier numéro.

Au bilan, si l’on salue le choix de l’Opéra de Massy de programmer (en coproduction avec Linz et Modène) un ouvrage qui n’a rien d’un blockbuster, surtout sans nom connu pour attirer le public, on reste un peu sur sa faim quant à la réalisation. Après une première semble-t-il bien remplie le 13 mars, la salle était fort clairsemée pour cette matinée dominicale.

THIERRY GUYENNE

Vladimír Šlepec (Janik)
Helena Milošević (Zefka)
Angela Simkin (mezzo soprano)
Laura Kimpe (soprano)
Bystrova (contralto)
Marc Desmons (dm)
Lukas Hemleb (ms/l)
Margherita Palli (d)
Bianca Sarah Stummer (c)
Luca Scarzella (v)

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