Opéras Anna Bolena à Athènes
Opéras

Anna Bolena à Athènes

15/04/2026
Miranda Makrynioti et Maria Kosovitsa. © G. Antonoglou

Greek National Opera, Stavros Niarchos Hall, 26 mars

À l’Opéra d’Athènes, recyclage ne signifie pas simple récupération. Dans cette Anna Bolena, sa deuxième mise en scène in loco, Themelis Glynatsis réutilise les somptueux costumes d’époque d’une production de 1976 dans une optique qui, sans être une actualisation, se veut une relecture critique de l’œuvre, et mêle fiction et réalité historique, clichés et incarnations, passé et monde contemporain. Dans un décor de praticables métalliques (également emprunté à la Cavalleria rusticana de 2024), il enferme tout un monde de courtisans, écrasé sous le poids du pouvoir et du terrorisme d’État, dont la volonté implacable d’Henri VIII de se débarrasser d’Anne Boleyn pour épouser Jane Seymour semble le concentré. L’Angleterre d’alors, mais également une autre plus contemporaine, sont au centre de cette démarche et offrent le cadre à une relecture qui convoque à plusieurs reprises des éléments externes à l’action.

S’ouvrant sur une scène symbolique qui rappelle la rupture avec l’Église de Rome au XVIe siècle et la guerre civile en Irlande du Nord, elle intègre le discours d’un leader néofasciste, le souvenir des bombes de l’IRA, et les clameurs d’une foule qui viennent rompre la continuité dramatique, telles des irruptions du réel destinées à nous rappeler à la violence du monde qui nous entoure. Le costume ayant une importance de premier plan, les personnages sont régulièrement habillés ou déshabillés tels les acteurs du théâtre nô auxquels ils empruntent un aspect figé et artificiel et, à plusieurs reprises, apparaît dans les dessous un atelier de couture où se jouera l’ultime rencontre entre Anna et Giovanna. Les éléments du cadre historique du premier acte deviennent au second un ensemble de pièces de musée, au milieu desquelles survivent les personnages. D’abord assez déconcertante, la mise en scène plonge progressivement au cœur de l’œuvre, et le drame personnel de l’héroïne, prenant finalement le pas sur cette « déconstruction », finit par émerger dans toute sa force.

Dans le rôle-titre, la jeune Maria Kosovitsa reste la révélation de cette production, maîtrisant à la perfection les arcanes du bel canto avec une belle longueur de voix, un aigu argentin et une grande expressivité. Elle se montre remarquablement investie dans son personnage, et donne à sa scène finale, le poing dressé et brandissant l’Union Jack, une puissance impressionnante. Sa rivale, Miranda Makrynioti, ne démérite pas mais, avec une voix claire qui est plutôt d’un second soprano que d’un véritable mezzo, elle manque de largeur et de projection dans le registre grave pour lui offrir un contraste suffisant dans leurs duos. En ce sens, le joli mezzo corsé de Diamanti Kritsotaki en Smeton aurait sûrement pu donner un tout autre relief au personnage. Petros Magoulas offre sa puissante basse à Enrico, dont il traduit le caractère menaçant et brutal dans un registre pour le moins uniforme. Le rôle le plus maltraité est le Percy de Yannis Christopoulos, dont le metteur en scène fait un être valétudinaire et plaintif qui apparaît d’abord en fauteuil roulant. La voix, au timbre usé, et les insuffisances criantes du ténor, notamment dans la cabalette de son premier air, semblent répondre à cette conception, à moins que ce ne soit l’inverse. Yanni Yannissis compose un solide Lord Rochefort et le ténor Manos Kokkonis donne beaucoup de relief au personnage épisodique de Hervey, qui devient au final la voix de la condamnation d’Anna mais aussi son consolateur.

Avec un chœur impeccable et un orchestre de grande classe, Jacques Lacombe offre à cette production un soutien musical de bon aloi, qui ne suffit pas toutefois à combler les attentes d’une partie du public, audiblement déconcerté par la proposition théâtrale, sans doute un peu trop complexe et intellectualisée, et qui a tendance à créer une certaine distance avec la tonalité romantique de l’œuvre.

ALFRED CARON

Petros Magoulas (Enrico VIII)
Maria Kosovitsa (Anna Bolena)
Miranda Makrynioti (Giovanna Seymour)
Yanni Yannissis (Lord Rochefort)
Yannis Christopoulos (Lord Riccardo Percy)
Diamanti Kritsotaki (Smeton)
Manos Kokkonis (Hervey)
Jacques Lacombe (dm)
Themelis Glynatsis (ms)
Leslie Travers (d)
Nicholas Georgiadis (c)
Howard Hudson (l)

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