De Nationale Opera, 15 mars
Déjà donné en concert en novembre 2025 lors d’un festival de requiem, Requiem for Mariza est-il véritablement un opéra justifiant, comme ici, une production scénique ? La question mérite d’être posée, et pas seulement au regard de l’effectif requis : deux solistes du chant, un orchestre de chambre (dix instrumentistes réunis sous la bannière New European Ensemble) et un chœur de dimensions également modestes (quatre chanteurs par pupitre, issus des troupes du Nationale Opera).
Œuvre de la compositrice turque Meriç Artaç (née en 1990), Requiem for Mariza est annoncé comme un « requiem-opéra », où les deux personnages viennent insérer le récit de leur expérience au milieu d’un chœur qui chante les passages clés d’un requiem traditionnel. D’un côté Mariza, une femme ordinaire en fin de vie dont on explore les pensées durant l’heure et quart que dure ici son passage vers la mort, incarnée par l’excellente mezzo-soprano Nina van Essen, intonation parfaite et puissance requise, et par une actrice silencieuse qui la double. De l’autre Ra, un dieu qui propose à Mariza la consolation : il a les traits et la voix du contre-ténor Maayan Licht, remarquable dans ses aigus lumineux et sa gestion des coloratures mais d’une projection un peu limitée pour la grande salle de l’Opéra d’Amsterdam.
Le sujet est passionnant : qui n’est pas, à un moment ou l’autre de sa vie, appelé à s’interroger sur ce moment de passage et curieux alors de ces récits désignés comme EMI (expérience de mort imminente) ou NDE (near death experience) ? La partition très consonante d’Artaç est raffinée, et souvent illuminée par la couleur emblématique du erhu chinois : difficile d’échapper à ses séductions, d’autant que Sora Elisabeth Lee la conduit avec beaucoup de soin. Mais le tout confirme qu’une œuvre chantée ne suffit pas intrinsèquement à faire opéra, s’il n’y a aussi la théâtralité requise des situations et des textes. Et elle fait défaut dans le livret de Sarah Sluimer, suite de pensées parfois très contingentes.
Si Silvia Costa met en place plus qu’elle ne met en scène, elle réussit néanmoins quelques belles images, comme celle où Mariza est portée par le chœur comme pour une descente de croix. Mais le travail de l’Italienne ne suffit pas à faire naître de véritables interactions théâtrales, faute de matériau disponible.
NICOLAS BLANMONT
Nina van Essen (Mariza)
Maayan Licht (Ra)
Sora Elisabeth Lee (dm)
Silvia Costa (ms/dc)
Marco Giusti (l)
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