Opéras L’Italiana in Algeri à Berlin
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L’Italiana in Algeri à Berlin

02/04/2026
Artur Garbas et Tommaso Barea. © Eike Walkenhorst

Deutsche Oper, 8 mars

Et si le choc des cultures consubstantiel au livret de L’Italiana in Algeri était, en 2026, devenu politiquement trop sensible pour être traité directement ? Les metteurs en scène semblent en tout cas faire le grand écart pour contourner l’obstacle. Après Genève où Julien Chavaz faisait de l’« Algeri » un palace contemporain dont Mustafà est le directeur et Isabella la cliente (voir p. 88), Rolando Villazón transpose l’action dans son Mexique natal : ancien catcheur devenu une sorte de mafieux, Mustafà est cette fois le patron d’un club de Lucha Libre, « El Seraglio ». Et il domine à ce point le marché de cette version locale du catch qu’Isabella, dont le club rival est criblé de dettes, n’a d’autre possibilité que d’accepter l’absorption, surtout depuis que son champion Lindoro a perdu un combat décisif.

Même si les décors d’Harald Thor (salle d’entraînement, cantine et bureau du club se succédant sur une tournette) sont brillamment conçus, la relecture reste tarabiscotée : il faut d’ailleurs une demi-douzaine d’écrans de texte, pendant l’Ouverture, pour l’expliquer au public. Et la transposition, pour être originale, n’en est pas pour autant convaincante, d’autant que le propos du metteur en scène n’est pas de dépolitiser l’œuvre, mais au contraire de la resituer sous l’angle de l’égalité des sexes. Or, si le travail de Villazón est extrêmement détaillé, souvent intelligent et servi par une direction d’acteurs très précise, il semble finalement moins intéressé par les personnages féminins et concentrer ses efforts sur les hommes. Et son message féministe est noyé dans un carcan scénique aussi improbable que surchargé (esthétique de comics, masques, maillots de corps, ceintures de force et faux pectoraux), tout comme l’est plus d’une fois la partition de Rossini – le Finale primo, qui n’en a nul besoin, doublé d’un combat de catch.

Dans la fosse, Alessandro De Marchi apporte un semblant de caution d’italianité, mais sa lecture, globalement assez sage, manque de verve et de théâtralité. Le chef italien explique avoir été immédiatement séduit par l’idée de la transposition parce que, explique-t-il, il y a beaucoup de points communs entre le chant rossinien et le sport, mais cet aveu ne rassure pas, loin s’en faut.

Arrivée tardivement dans la production pour remplacer Aigul Akhmetshina, dont le forfait avait été annoncé pour raisons de santé, Nadezhda Karyazina campe une Isabella volontaire et attachante, avec une voix claire qui peut parfois sembler un peu légère pour le rôle – le grave, notamment, manque de substance – mais dont on apprécie la souplesse et la virtuosité. Dans le rôle de Lindoro, le jeune ténor américain Jonah Hoskins impressionne par son aisance, sa projection et la rondeur de ses phrasés, même si la gestion du souffle reste parfois perfectible dans les passages plus exposés. Tommaso Barea (Mustafà), Artur Garbas (Haly) et Misha Kiria (Taddeo) sont tous les trois impeccables, et Arianna Manganello mérite d’être mise en avant pour sa capacité à faire exister le modeste rôle de Zulma.

NICOLAS BLANMONT

Tommaso Barea (Mustafà)
Hye-Young Moon (Elvira)
Arianna Manganello (Zulma)
Artur Garbas (Haly)
Jonah Hoskins (Lindoro)
Nadezhda Karyazina (Isabella)
Misha Kiria (Taddeo)
Alessandro De Marchi (dm)
Rolando Villazón (ms)
Harald Thor (d)
Brigitte Reiffenstuel (c)
Stefan Bolliger (l)

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