Opéras La Voix humaine & Point d’orgue à Paris
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La Voix humaine & Point d’orgue à Paris

23/03/2026
Cyrille Dubois, Jean-Sébastien Bou et Patricia Petibon dans Point d’orgue. © Vincent Pontet

Théâtre des Champs-Élysées, 9 mars

Créé au Théâtre des Champs-Élysées en 2021, le diptyque réunissant La Voix humaine et Point d’orgue, nouvel opéra de Thierry Escaich, était présenté comme la suite du monodrame de Poulenc ; Olivier Py, librettiste de Point d’orgue, se chargeant de la mise en scène des deux volets du spectacle. Or, il n’était pas question à cette époque, pandémie oblige, d’accueillir le public dans la salle. C’est donc dans un théâtre vide, devant une douzaine de témoins séparés les uns des autres, que fut représenté le diptyque, l’orchestre occupant non pas la fosse mais les premiers rangs du parterre dont on avait enlevé les fauteuils. Le spectacle a ensuite été représenté à Bordeaux et à Saint-Étienne (voir O. M. n° 181 p. 65), et il était presque naturel de le faire revenir là où il avait vu le jour, cette fois sans aucune restriction sanitaire, avec les trois chanteurs d’origine : Patricia Petibon (Elle), Jean-Sébastien Bou (Lui), Cyrille Dubois (L’Autre).

Rien n’a tellement changé en cinq ans. Le décor vertigineux de Pierre-André Weitz est toujours aussi magnifique, avec cette chambre qui pivote sur elle-même et, en contrebas, cette rue où descend l’héroïne de La Voix humaine et où passent, muets, ceux qui seront les héros de Point d’orgue. La chambre de la seconde moitié du diptyque, avec, côté jardin, son couloir en perspective et, côté cour, sa salle de bain crapoteuse (un lavabo en situation, enfin !), s’offre avec la même efficacité au duo diabolique que forment Lui et L’Autre. Soutenu par des éclairages luxueux qui ont conservé toute leur violence, le spectacle est conduit de bout en bout par une direction d’acteurs comme on en voit peu à l’opéra. Olivier Py fait bouger Jean-Sébastien Bou, perclus de déréliction, et Cyrille Dubois, possédé, avec une espèce de grâce frénétique, les moments où intervient Patricia Petibon prenant tout à coup les allures d’un film expressionniste.

Toujours expressive et sensuelle, la voix peut-être un peu alourdie, Patricia Petibon est étonnante d’intensité dans La Voix humaine et donne du dynamisme à un ouvrage qu’on peut trouver statique et monotone, les apparitions muettes de Lui et de L’Autre préparant la seconde partie du spectacle. Les deux compères reconstituent dans Point d’orgue ce duo infernal qui nous avait déjà médusé. La musique de Thierry Escaich, dont l’orchestre reprend celui de Poulenc, augmenté d’un clavecin, puise dans tous les registres (jazz, tango, ostinatos…) et dit les humeurs tumultueuses que traversent les dodécasyllabes parfois un peu redondants d’Olivier Py.

Elle est ici servie par un Orchestre National de France incandescent, qu’Ariane Matiakh dirige avec une précision tranchante, tout en maîtrisant une palette de nuances remarquable dans cette partition des paroxysmes.

CHRISTIAN WASSELIN

Patricia Petibon (Elle)
Jean-Sébastien Bou (Lui)
Cyrille Dubois (L’Autre)
Ariane Matiakh (dm)
Olivier Py (ms)
Pierre-André Weitz (dc)
Bertrand Killy (l)

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