Opéras Norma à Metz
Opéras

Norma à Metz

19/03/2026
Claudia Pavone et Nikolai Schukoff. © Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz/Philippe Gisselbrecht

Arsenal, 8 mars

Les versions de concert ou semi-scéniques se multiplient en cette période de restrictions. Au moins ont-elles le mérite de laisser travailler l’imaginaire du spectateur et de donner toute sa place à la musique et au chant. Celle que Paul-Émile Fourny a imaginée pour Norma ne manque pas de pouvoir de suggestion. De subtiles projections vidéo transforment le vaisseau néoclassique de l’Arsenal (où s’est réfugié l’Opéra de Metz pendant ses travaux) en forêt, puis en temple d’Irminsul et en demeure de la prêtresse ; le dernier tableau offrant au lieu une extraordinaire métamorphose dont les lueurs du bûcher final illuminent le haut des gradins, dominant l’alcôve où se tient l’orchestre tandis que le drame se joue à l’avant-scène. Les costumes de style « romano-gaulois » ne sont pas du meilleur goût et semblent nous ramener au péplum de la tradition, notamment l’improbable arbuste qui sert de coiffe à l’héroïne, au risque de gâter l’effet de son « Casta diva ».

Mais les performances vocales font tout oublier, singulièrement celle de Claudia Pavone. La soprano possède un aigu à toute épreuve, un médium robuste et un grave respectable. La puissance de ses éclats de colère n’a d’égal que le raffinement avec lequel elle gère toutes les nuances du récitatif et son sens du pathos. Mais autant que ses atouts vocaux, c’est sa capacité à faire exister son personnage qui bouleverse, particulièrement dans un deuxième acte d’anthologie, où la variété expressive de son chant semble suspendre le public à la moindre de ses inflexions et lui vaut au final une « standing ovation ». D’évidence, il s’agit là d’une très grande Norma, destinée à grandir encore car il ne lui manque qu’un rien de virtuosité dans les passages purement vocalisés, notamment la cabalette de son air d’entrée, pour atteindre à la perfection.

Dans le rôle de Pollione qu’il connaît bien, Nikolai Schukoff, voix centrale et vaillante, donne le meilleur de lui-même, et s’il s’économise un peu dans les dernières scènes, il rejoint dans le dernier duo le niveau émotionnel de sa partenaire. Beau timbre chaleureux, allure juvénile font exister l’Adalgisa un peu uniforme de Na’ama Goldman, qui leur offre à tous deux une belle réplique. Nicolas Cavallier possède la dignité et l’autorité attendues pour un Oroveso de bonne tenue. Les deux comprimari sont à la hauteur de leurs emplois, avec une mention particulière pour le soprano clair et bien projeté de la Clotilde de Cécile Dumas. Le Chœur de l’Opéra-Théâtre se montre d’une belle homogénéité. 

Dans l’acoustique assez dure d’une salle difficile, Nir Kabaretti, après une Ouverture un rien tonitruante, calme les ardeurs d’un orchestre aux pupitres solistes de grande classe, notamment la sublime flûte de « Casta diva ». Il fait émerger l’intense poésie de la cantilène bellinienne et porte avec un geste ample et des tempi parfois ralentis cette version décidément captivante à un succès amplement mérité.

ALFRED CARON

Nikolai Schukoff (Pollione)
Nicolas Cavallier (Oroveso)
Claudia Pavone (Norma)
Na’ama Goldman (Adalgisa)
Cécile Dumas (Clotilde)
Daegweon Choi (Flavio)
Nir Kabaretti (dm)
Paul-Émile Fourny (me)
Giovanna Fiorentini (c)
Patrick Méeüs (l)
Julien Soulier (v)

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