Concerts et récitals Ermione à Marseille
Concerts et récitals

Ermione à Marseille

08/03/2026
Karine Deshayes, Michele Spotti et Enea Scala. © Christian Dresse

Opéra, 24 février

Depuis 2010, Rossini a irrigué de plus de dix titres les saisons de l’Opéra de Marseille. 2025-2026 aura notamment été celle d’Ermione (en version de concert), riche partition « seria » inspirée d’Andromaque de Racine et secouée d’accélérations orchestrales, de stratifications rythmiques et de valeureuses pyrotechnies mélodiques au service de l’implacable roue du destin. Là encore, le Cygne de Pesaro met en concurrence des ténors valeureux – ici, deux principaux et deux secondaires –, prêts à mettre leurs tripes sur scène.

En ce sens, Enea Scala abuse de générosité, dans une projection excessive, sans vraiment sélectionner ses intentions. Le mauvais goût et les vocalises en chewing-gum émanent d’asphyxiantes simagrées dénuées de plan de vol, dans lesquelles on entend davantage d’ego que de musique. La ligne nette et brillante de Levy Sekgapane tient, quant à elle, du miracle, et met en transe le public par son intelligibilité rythmique et sa présence avisée. Dans l’amour malheureux ou la détermination vengeresse, l’électricité règne, y compris dans de galvanisants et solaires aigus. Moins sollicité mais non moins ménagé par les contre-ut, Matteo Macchioni s’acquitte avec un élégant bagout, sur de stimulants ressorts, du rôle de Pilade, rejoint par la tendre souplesse de Carl Ghazarossian.

Dans les autres tessitures prospèrent la soyeuse fraîcheur de la soprano Marina Fita Monfort, et la conduite bien tenue de la basse Louis Morvan, entre les efficaces interventions du chœur maison. Teresa Iervolino incarne un versant émouvant de chant avec une exactitude mue par la beauté de l’émission. L’Ermione de Karine Deshayes s’illustre en mille facettes : l’expressivité des nuances et la construction d’un horizon toujours soutenu installent un suspense de l’incarnation où s’épanouit l’art de dire par la déconcertante fluidité mousseuse de la voix, jusque dans ses récitatifs ancrés et affligés.

L’Orchestre de l’Opéra de Marseille n’a que faire du geste de Michele Spotti. Retard des timbales – aussi assourdissantes que le triangle –, inertie des violons, changements de tempo calés entre pupitres au bout de plusieurs mesures seulement, et autres fins de notes qui débordent, empêchent le tissu musical de prendre ou de s’installer. Le chef s’essaie pourtant à une galerie plurielle de caractères, à laquelle répondent hélas prudence ou trop-plein d’adhérence.

THIBAULT VICQ

Karine Deshayes (Ermione)
Teresa Iervolino (Andromaca)
Enea Scala (Pirro)
Levy Sekgapane (Oreste)
Matteo Macchioni (Pilade)
Louis Morvan (Fenicio)
Marina Fita Monfort (Cleone)
Mathilde Ortscheidt (Cefisa)
Carl Ghazarossian (Attalo)
Michele Spotti (dm)

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