Opéras Lucia di Lammermoor à Toulouse
Opéras

Lucia di Lammermoor à Toulouse

07/03/2026
Jessica Pratt. © Mirco Magliocca

Théâtre du Capitole, 25 & 27 février

Créée ici même en 1998, et déjà reprise en 2004 et 2017 (voir O. M. n° 130 p. 65), cette Lucia d’un très beau classicisme fait salle comble pour huit soirs. Entendue en premier, la seconde distribution, plus jeune, entoure une Giuliana Gianfaldoni dont la solide technique, les aigus sûrs, la présence et l’émotion rendent sa première Lucia très convaincante, malgré quelques défauts (trilles pas très nets, vocalises parfois laborieuses, intonation pas toujours impeccable). On regrette quand même les coupures de tradition, dans son premier air et dans une scène de folie aux deux airs enchaînés.

Prise de rôle aussi, après ses succès in loco en Tamino et Lenski, pour Bror Magnus Tødenes, Edgardo juvénile et attachant, mais fragile et à la projection irrégulière. La voix disparaît dans l’attaque du sextuor « Chi mi frena », et la scène finale, si tendue, est assumée non sans effort, avec un aigu tour à tour éclatant ou plus incertain. Germán Enrique Alcántara est un Enrico solide, sans excès de subtilité, et Alessio Cacciamani un impressionnant Raimondo, malgré un certain engorgement. On apprécie la pertinence des seconds rôles, entre une sonore Alisa (Irina Sherazadishvili), un Normanno plein d’aplomb (Fabien Hyon) et un valeureux Arturo (Valentin Thill). 

Valentin Thill, Bror Magnus Tødenes, Germán Enrique Alcántara, Alessio Cacciamani, Giuliana Gianfaldoni et Irina Sherazadishvili. © Mirco Magliocca

Remplaçant sur toute la série José Miguel Pérez-Sierra, Fabrizio Maria Carminati montre un grand métier. Mais avec la première distribution, il se révèle chef inspiré, tendant l’arc dramatique de l’œuvre enfin intégrale, faisant chanter l’orchestre et couvant les chanteurs du geste et du regard, en particulier le rôle-titre.

Il faut dire qu’après plus de quarante productions en vingt ans, Jessica Pratt est une Lucia exceptionnelle, tant par la souveraineté technique (imparable précision des trilles et coloratures, longueur de souffle, suraigus triomphaux, avec même un contre-fa à la fin du duo avec Raimondo !) que par la liberté qu’elle en tire, pour une palette infinie de dynamiques et de couleurs semblant suivre l’inspiration du moment. Un art vocal à son sommet qui va de pair avec justesse scénique et complexité psychologique. À ses côtés brillent Lionel Lhote, Enrico percutant et très nuancé, et Michele Pertusi, Raimondo d’une superbe humanité.

Lucia étant aussi pour Ramón Vargas une œuvre fétiche (depuis plus de trente-cinq ans !), ses deux dates – après deux confiées à Pene Pati – avec Pratt faisaient événement. Las, après avoir bien commencé, d’une voix mordante sinon toujours très souple, le ténor mexicain s’est soudain trouvé en difficulté juste après le sextuor, dans la cabalette « Maledetto sia l’istante », avec un premier aigu étranglé, un deuxième esquivé, puis le reste octavié. 

Après la pause, Bror Magnus Tødenes le remplace pour la suite de la soirée. Galvanisé, le chanteur norvégien montre, dans la scène « de Wolf’s Crag » et le tableau final, une fougue irrésistible, avec une émission bien plus franche que deux jours plus tôt, s’attirant aux saluts un triomphe mérité de la part du public comme de ses collègues. Notons que dimanche 1er mars, Vargas a finalement été remplacé par Julien Dran.

THIERRY GUYENNE

Germán Enrique Alcántara/Lionel Lhote (Lord Enrico Ashton)
Giuliana Gianfaldoni/Jessica Pratt (Miss Lucia)
Bror Magnus Tødenes/Ramón Vargas (Sir Edgardo di Ravenswood)
Valentin Thill (Lord Arturo Bucklaw)
Alessio Cacciamani/Michele Pertusi (Raimondo Bidebent)
Irina Sherazadishvili (Alisa)
Fabien Hyon (Normanno)
Fabrizio Maria Carminati (dm)
Nicolas Joel (ms)
Ezio Frigerio (d)
Franca Squarciapino (c)
Vinicio Cheli (l)

.

Pour aller plus loin dans la lecture

Opéras Macbeth à Turin

Macbeth à Turin

Opéras Nixon in China à Paris

Nixon in China à Paris

Opéras Norma à Parme

Norma à Parme