Teatro Regio, 22 février
Cette production de Norma a fait l’objet en 2018 d’un compte rendu de Richard Martet (voir O. M. n° 138 p. 45) qui, jugeant le spectacle globalement réussi, en avait particulièrement apprécié l’esthétique viscontienne (l’action étant transposée à l’époque du Risorgimento), ainsi que la direction d’acteurs, soignée et fidèle au livret – à l’exception toutefois de la mort de l’héroïne et de son amant, non pas ensemble sur le bûcher, mais elle lapidée tandis qu’Oroveso fait justice de Pollione.
À la tête de l’Orchestra Filarmonica Italiana, Renato Palumbo signe une direction stylistiquement irréprochable, adoptant des tempi larges aux respirations étirées, où se déploie une souplesse rythmique et dynamique appréciable. La partition s’enrichit ainsi de variations subtiles et originales. S’impose, en définitive, une lecture vibrante et pathétique, caractérisée par une théâtralité intériorisée mais incisive.
En accord avec la conception originale de Bellini, le rôle de Norma est confié à un mezzo à la voix ample, charpentée et au tempérament affirmé. Vasilisa Berzhanskaya, souvent entendue en Adalgisa, s’y impose avec un indéniable succès. Son « Casta diva », à fleur de lèvres, séduit par son caractère suspendu et confidentiel, avant qu’une cabalette à la coloratura incisive et entraînante n’en traduise l’impatience amoureuse. Tout au long de la soirée, la mezzo russe franchit avec aisance les écueils de la partie, brillant aussi bien dans le chant déployé que dans les passages virtuoses, et faisant valoir une attention constante au mot, servie par une diction impeccable. Elle rend ainsi avec justesse les contradictions du personnage – tendresse, jalousie, passion, fureur.
Maria Laura Iacobellis fait preuve d’un contrôle exemplaire de l’émission, qui lui permet de dessiner une Adalgisa ingénue et fragile, écrasée par le charisme de Norma et par une situation qui la dépasse. Dmitry Korchak campe un Pollione à la fois fier et raffiné, aux aigus percutants, mais capable aussi d’accents plus tendres où s’affirme la douceur du registre de tête. Carlo Lepore reste un Oroveso correct, mais d’une autorité limitée. On saluera enfin la contribution soignée de Francesco Congiu (Flavio) et d’Alessandra Della Croce (Clotilde), ainsi que du Chœur du Teatro Regio, toujours souple et homogène, qui vient couronner une réalisation musicale de belle tenue.
PAOLO DI FELICE
Dmitry Korchak (Pollione)
Carlo Lepore (Oroveso)
Vasilisa Berzhanskaya (Norma)
Maria Laura Iacobellis (Adalgisa)
Alessandra Della Croce (Clotilde)
Francesco Congiu (Flavio)
Renato Palumbo (dm)
Nicola Berloffa (ms)
Andrea Belli (d)
Valeria Donata Bettella (c)
Simone Bovis (l)
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