Opéras Aci, Galatea e Polifemo à Saint-Omer
Opéras

Aci, Galatea e Polifemo à Saint-Omer

28/02/2026
© Caroline Fauqueur/La Barcarolle

Le Moulin à café, 7 février

Composée à Naples en 1708, au cours du si fécond séjour en Italie du jeune Haendel, la sérénade Aci, Galatea e Polifemo est rarement donnée, peut-être parce qu’elle est, malgré sa brièveté et son effectif vocal réduit, d’une exigence redoutable par son écriture. C’est donc une aubaine que ce spectacle proposé – au sein de la très éclectique programmation de La Barcarolle (scène conventionnée regroupant plusieurs lieux) – au Moulin à Café, ravissant théâtre à l’italienne au cœur de Saint-Omer (Pas-de-Calais). La mise en scène se veut un travail collectif, coordonné par Caroline Mounier-Vehier. 

Situer cette histoire inspirée des Métamorphoses d’Ovide à bord de l’Orient-Express, comme un voyage d’amoureux (la nymphe Galatea en robe du soir, le berger Aci en costume plus baroque) perturbé par l’intrusion de Polifemo (mécanicien du train ? marginal ?) harcelant la jeune fille, est un choix dramaturgique qui peut surprendre, d’autant que cela minimise l’imaginaire de la nature, très présent dans l’ouvrage. Mais il offre l’avantage d’un dispositif simple, au décor unique renvoyant bien le son, intégrant, derrière une sorte de comptoir, le petit orchestre, et plaçant ainsi, selon le vœu du directeur musical Paolo Zanzu, la musique au centre. 

Les moyens scéniques sont minimalistes mais souvent efficaces, comme ce tissu déroulé à la fin – et qu’on invite quelques spectateurs du premier rang à tenir –, quand Aci transformé en ruisseau rejoint la mer, l’élément de sa bien-aimée. L’espace de la salle est largement investi, le cyclope jaloux circulant beaucoup entre parterre, balcon et loges, ces dernières servant aussi à quelques remarquables interventions instrumentales.

La partition, augmentée d’une brève Ouverture (l’originale est perdue), est en effet servie par un ensemble – Le Stagioni, en résidence à Saint-Omer – très réduit mais de haut vol, autour du clavecin de Paolo Zanzu : trois violons, dont deux tiennent aussi l’alto, un violoncelle, un hautbois jouant également la flûte à bec (et remplaçant la trompette, comme il était courant à l’époque). La direction du claveciniste italien, libérée d’un certain excès de nervosité qu’elle montrait naguère, frappe par la justesse de ses tempi et son sens dramatique.

Rafael Galaz confère au cyclope une présence tout à fait convaincante, et assume sans problème cette partie demandant des moyens phénoménaux, avec un « Fra l’ombre gl’orrori » (à l’ambitus vertigineux de plus de deux octaves et demie, grave-la aigu !) particulièrement réussi, caressant de ligne sur un tapis de cordes aux superbes couleurs. Ailleurs, on pourrait parfois souhaiter que la basse mexicaine traduise la brutalité du personnage d’une manière vocalement moins vériste, et préservant mieux l’écriture belcantiste, avec par exemple des vocalises moins heurtées dans « Sibillar ».

Le couple d’amoureux, de façon très baroque, confie la partie grave au rôle féminin. La mezzo Laura Muller est une noble Galatea, dont la belle étoffe vocale se déploie dès son « Sforzano a piangere », moins à l’aise cependant dans le canto di sbalzo comme dans certaines variations où la justesse se fait plus incertaine.

Habituée des rôles de colorature, Lila Dufy est un Aci plein d’ardeur, assumant avec brio cette partie tendue, probablement destinée à un castrat, où figure l’un des rares contre-ut écrits par Haendel. On admire tout particulièrement sa maîtrise du souffle dans les longues vocalises de « Qui l’augel » où dialoguent merveilleusement le hautbois de Neven Lesage et le violon de Beatrice Scaldini, tout comme l’émotion du « Verso già l’alma » à sa mort.

Souhaitons à cette belle production, conçue pour s’adapter à toutes sortes de lieux, y compris de plein air, et à l’effectif instrumental modulable, de beaucoup tourner. Elle fera déjà escale au château d’Hardelot – coproducteur du spectacle – le 20 juin, lors du « Midsummer Festival » dont Sébastien Mahieuxe, qui dirige La Barcarolle, est également le directeur artistique (à chaque fois avec une politique tarifaire attractive).

THIERRY GUYENNE

Lila Dufy (Aci)
Laura Muller (Galatea)
Rafael Galaz (Polifemo)
Paolo Zanzu (dm)
Caroline Mounier-Vehier (ms)
Andreas Linos (d)
Aurélia Bonaque Ferrat (c)
Maxence Challet (l)

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