Opéras Violanta à Berlin
Opéras

Violanta à Berlin

27/02/2026
Mihails Culpajevs, Ólafur Sigurdarson et Laura Wilde. © Marcus Lieberenz

Deutsche Oper, 13 février

Les occasions de voir Violanta restent rares, alors même que le deuxième opéra de Korngold, en une heure quinze, offre cette efficacité imparable des ouvrages concis que l’on peut donner sans entracte. Le Deutsche Oper le propose de façon autonome, sans le noyer artificiellement dans une double affiche, et à raison : l’essence sulfureuse et l’impact puissant de cet ouvrage – qui n’est pas sans rappeler Eine florentinische Tragödie de Zemlinsky – en sortent préservés.

Directeur d’acteurs accompli et précis, David Hermann signe une mise en scène symboliste qui explore les fantasmes de Violanta sans forcer la dose dans leur représentation. D’abord découverte sur un plateau circulaire lui-même surmonté d’un anneau, l’héroïne va peu à peu s’enfoncer dans le sol à la découverte de son inconscient au fur et à mesure que le décor de Jo Schramm se révèle être une immense vis qui sort du sol et dont elle parcourt progressivement le filet, passant à travers sept pièces successives évoquant son passé ou ses rêves. L’univers visuel est sobre, et les costumes élégants de Sybille Wallum évoquent Les Damnés de Visconti.

Le rôle-titre revient à Laura Wilde, soprano américaine remarquée dans Der Ring des Polykrates, le tout premier opéra de Korngold – créé en même temps que Violanta à Munich en 1916. Elle semble parfois un peu gauche sur scène – notamment dans les pas de danse que lui demande Hermann – et le registre médium est limité, mais l’aigu est épanoui et puissamment projeté. Le baryton islandais Ólafur Sigurdarson apporte ce qu’il faut de bonhomie et de dureté alternées au personnage de Simone, tandis que l’Alfonso du Letton Mihails Culpajevs, ténor viril et puissant, séduit la salle autant que Violanta. Coup de chapeau aussi à la remarquable Barbara de la mezzo-soprano britannique Stephanie Wake-Edwards.

Pour sa dernière saison comme directeur musical, Donald Runnicles s’est réservé cette Violanta, entre les Gurre-Lieder et un dernier Ring, ce qui ne manque pas de cohérence. Servie par un orchestre du Deutsche Oper aux sonorités somptueuses, la partition de Korngold est précédée d’une courte pièce de luth de John Dowland – que Simone fait ici jouer à son épouse pour tenter vainement de l’amadouer – mais aussi de la première des Trois pièces pour orchestre op. 6 d’Alban Berg, qui fait le lien entre Dowland et Korngold comme pour donner aux spectateurs un avant-goût des profondeurs troubles dans lesquelles l’histoire va se dérouler.

NICOLAS BLANMONT

Ólafur Sigurdarson (Simone Trovai)
Laura Wilde (Violanta)
Mihails Culpajevs (Alfonso)
Kangyoon Shine Lee (Giovanni Bracca)
Hye-Young Moon (Bice)
Stephanie Wake-Edwards (Barbara)
Andrei Danilov (Matteo)
Donald Runnicles (dm)
David Hermann (ms)
Jo Schramm (d)
Sybille Wallum (c)
Ulrich Niepel (l)

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