Oper, 19 septembre
Deux « Einakter » de Schoenberg auraient déjà pu constituer un programme suffisamment copieux. Sous le titre-valise de Warten auf heute, David Hermann n’hésite cependant pas à combiner non seulement Erwartung et Von heute auf morgen – créé ici même en 1930 –, mais aussi la Begleitmusik zu einer Lichtspielszene (Musique d’accompagnement pour une scène de film)du même Schoenberg et les Sechs Monologe aus »Jedermann« de Frank Martin, avec pour fil rouge le destin d’un même couple, d’une œuvre à l’autre.
Après la crise conjugale de Von heute auf morgen, qui pourtant finit bien, la fracture muette s’aggrave pendant la Begleitmusik, jusqu’à la « catastrophe » du divorce. Après l’entracte, le mari, aigri et seul, affronte la perspective de sa propre disparition au fil des monologues de Frank Martin, et quand la femme revient enfin, dans Erwartung, il est trop tard : elle découvre le cadavre de celui qu’elle avait quitté. Une boucle d’une véritable efficacité. Au centre du plateau, une maison de bois découpée selon des angles toujours différents se dérègle et vieillit, jusqu’à devenir un espace mental plus qu’un lieu de vie. Jeu d’acteur acide, mordant, parfois franchement comique : ainsi l’Amie et le Chanteur, morts-vivants intrusifs que le couple s’échine à éliminer, jusqu’à l’épuisement général. Erwartung laisse davantage sur sa faim : davantage de mystère et des éclairages moins frontalement violents auraient mieux restitué le caractère inquiétant de la partition.
En fosse, Tim Anderson rend parfaitement intelligibles des langages très différents. Écriture dodécaphonique des deux premiers volets, libre atonalité d’Erwartung, idiome singulier de Frank Martin, plus attaché à la polarité tonale : l’assemblage aurait pu paraître disparate, alors que cette lecture lui confère au contraire une tangible unité. Les quatre brillants chanteurs de Von heute auf morgen forment un ensemble homogène, et Simon Neal incarne Jedermann avec une poignante intensité, évoluant sans emphase de la peur de mourir à une forme d’acceptation. Anna Gabler convainc moins dans Erwartung : sa voix ne manque ni d’intérêt ni de personnalité, mais paraît parfois insuffisamment charpentée pour cette longue plongée dans l’angoisse.
LAURENT BARTHEL
Elizabeth Reiter (L’Épouse)
Sebastian Geyer (Le Mari)
Juanita Lascarro (L’Amie)
Theo Lebow (Le Chanteur)
Simon Neal (Jedermann)
Anna Gabler (Une femme)
Tim Anderson (dm)
David Hermann (ms)
Jo Schramm (d)
Sibylle Wallum (c)
Joachim Klein (l)
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