Opera House, 15 août
Tout comme L’Orfeo, Tosca n’avait jamais été donnée à Glyndebourne. Et tout comme pour le chef-d’œuvre monteverdien, le festival a fait appel à un metteur en scène en vue : Ted Huffman. Tranchant avec le dépouillement théâtral de plusieurs de ses productions récentes, celui qui est devenu entre-temps patron du Festival d’Aix-en-Provence propose cette fois une transposition relativement originale mais cohérente, avec un décor propre pour chaque acte – et donc deux entractes.
Revendiquant une référence au cinéma néoréaliste italien de l’immédiat après-guerre, mais avec des éléments visuels datables (costumes, uniformes militaires et même une automobile) qui renvoient plutôt aux années 1950 et 1960, Huffman accentue la dimension politique de l’œuvre. Italie ou Amérique du Sud, peu importe en fait : on est dans une dictature fasciste. Au deuxième acte, Scarpia met en scène sa cruauté et sa violence devant quelques affidés en tenue de soirée, au mieux indifférents, au pire complices, qui dînent aux tables voisines : c’est dans un élégant restaurant privé que le chef de la police (dont l’inhumanité est même soulignée avec un clin d’œil quand il se fait servir un hamburger et du ketchup) convoque la cantatrice à sa table. Et au III, c’est dans un fossé en rase campagne, la nuit sous les phares d’une voiture, que les opposants sont exécutés au revolver – Tosca sera finalement abattue elle aussi.
Succédant dans la fosse à Robin Ticciati qui avait dirigé la première série de représentations au printemps, Jordan de Souza déploie sensuellement toutes les couleurs du London Philharmonic Orchestra, exploite toute la gamme des nuances d’intensité, déchaîne avec gourmandise les moments de puissance sonore et raffine quand il le faut – le Prélude à l’acte III notamment.
Caitlin Gotimer se révèle une Tosca d’une présence magnétique avant même d’avoir chanté une note, et sa prestation est éblouissante : aigus perçants et précis, attaques tour à tour incisives ou chatoyantes, fluidité dans tous les registres, le tout orné d’un léger vibrato toujours bien contrôlé. Atalla Ayan incarne un Mario extraverti, enthousiaste, généreux, au risque parfois d’un peu d’imprécision à la marge, mais terriblement attachant. Lucio Gallo, qui incarne Scarpia un peu partout depuis plus d’un quart de siècle, est arrivé à Glyndebourne en dernière minute pour reprendre le rôle pour les représentations du mois d’août. La voix a perdu une bonne partie de ses graves, mais elle reste sûre, nette, juste et mordante dans le médium et l’aigu. Dommage que le baryton italien, qui n’a sans doute pas pu mener un travail approfondi avec le metteur en scène, force à ce point la caricature d’un Scarpia sadique et presque satanique, avec un rictus par mesure. Le reste du plateau est impeccable.
NICOLAS BLANMONT
Caitlin Gotimer (Floria Tosca)
Atalla Ayan (Mario Cavaradossi)
Lucio Gallo (Il Barone Scarpia)
Kristian Lindroos (Cesare Angelotti)
Federico De Michelis (Il Sacristano)
Didier Pieri (Spoletta)
Michael Ronan (Sciarrone)
Mikayel Sargsyan (Un carceriere)
Jordan de Souza (dm)
Ted Huffman (ms)
Nadja Sofie Eller (d)
Astrid Klein (c)
D.M Wood (l)
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