Opernhaus, 27 juin
L’Opéra de Zurich aurait-il choisi Thorleifur Örn Arnarsson pour son nouveau Tannhäuser si le metteur en scène islandais ne s’était vu confier en 2024 Tristan à Bayreuth ? Pas sûr… Le résultat, en tout cas, est assez similaire : quelques tableaux esthétisants d’une réelle beauté, d’autres moments ordinaires voire triviaux, et une conception dont on n’arrive à deviner si on est trop stupide pour la comprendre ou simplement si elle est inexistante.
L’œuvre est donnée dans la version de Dresde. L’acte I s’ouvre sur un plateau vide, une tournette noyée dans les fumigènes avec Tannhäuser en costume blanc immaculé, entouré de doubles, vêtus à l’identique, qui titubent. L’affrontement avec Venus prend place autour d’une grande table façon dernière Cène, pour un banquet dont ils sont les seuls convives. À la fin de l’acte, le ton tourne à la comédie : Hermann et ses Minnesänger, visiblement éméchés, arrivent dans un corbillard conduit par Wolfram et transportant une statue de marbre blanc (Elisabeth), précédés d’une vidéo de road trip foutraque en clin d’œil à la célèbre mise en scène de Tobias Kratzer à Bayreuth. Le ton restera identique pendant le concours de chant : tenues clownesques mêlées aux habits de soirée, ballons roses en forme de cœur, danses grotesques, un parti pris de dérision assez commun dans un certain « Regietheater », mais auquel le Tristan de Bayreuth avait échappé.
La fin du II marque un retour à la gravité. On découvre au III d’immenses tessons de verre plantés à la verticale sur lesquels tombe une neige hésitante : les pèlerins s’y installent sans grande subtilité – Arnarsson n’est pas un maître de la direction d’acteurs – et y chantent sans même marcher. Elisabeth, munie de deux seaux de chaux, s’enduit le visage pour redevenir la statue qu’elle était ; une statue que, sans surprise, Tannhäuser brisera au final après avoir tourné cinq minutes autour d’une immense masse dont toute la salle a déjà deviné l’utilité.
Il y a à boire et à manger dans la direction musicale de Tugan Sokhiev : on le découvre dès l’Ouverture, donnée tout en puissance, privilégiant l’épique sur le mystique sans grande subtilité. On se réjouit des couleurs de l’orchestre et de la mise en évidence de certains détails, mais on reste sur sa faim si on attend de l’œuvre qu’elle remue profondément.
Pour ses débuts dans le rôle-titre, Eric Cutler impressionne par la puissance et l’aisance de l’aigu ; mais le médium reste peu sonore, le timbre chevrote parfois, et le ténor traverse un moment de fatigue sensible à la fin de l’acte II, avant de se reprendre. Également en prise de rôle, Rachael Wilson impressionne par contre constamment avec sa Venus à la fois sensuelle et mordante. Remarquable aussi, l’Elisabeth expérimentée et noble de Christina Nilsson, forte d’un aigu radieux et de la couleur d’un léger vibrato parfaitement contrôlé. Le Landgraf de Christof Fischesser, que la mise en scène rend uniformément ridicule, est solide. Dans ce spectacle qui ne facilite pas la vie aux chanteurs, Christian Gerhaher, dont on connaît la tendance naturelle à chanter avec mesure et élégance, semble plus d’une fois mal à l’aise. Avec notamment une bouleversante « Romance à l’étoile » qu’il finit à genoux, le baryton ose le primat du texte et une très large palette de nuances, optant pour une véritable intégrité artistique plutôt que pour le portrait caricatural qu’Arnarsson veut faire de Wolfram, présenté comme un ersatz de Beckmesser.
Christof Fischesser (Landgraf Hermann)
Eric Cutler (Tannhäuser)
Christian Gerhaher (Wolfram von Eschenbach)
Johan Krogius (Walther von der Vogelweide)
Andrew Moore (Biterolf)
Nathan Haller (Heinrich der Schreiber)
Brent Michael Smith (Reinmar von Zweter)
Christina Nilsson (Elisabeth)
Rachael Wilson (Venus)
Yewon Han (Ein junger Hirt)
Tugan Sokhiev (dm)
Thorleifur Örn Arnarsson (ms)
Erna Mist (d)
Teresa Vergho (c)
Martin Gebhart (l)
.