Opéras Surprenantes Noces à Anvers
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Surprenantes Noces à Anvers

11/07/2023
© OBV/Annemie Augustijns

Opera Vlaanderen, 25 juin

Après des adaptations remarquées de Rigoletto, Don Giovanni et Cosi fan tutte, où se côtoyaient comédiens et chanteurs, Tom Goossens propose, à l’Opera Vlaanderen, Le nozze di Figaro, dans une mise en scène inventive et surprenante.

Premier parti pris : le mélange des langues. Si la majeure partie de l’œuvre est en italien, Marcellina et Bartolo s’expriment en néerlandais, et le tableau du procès est donné dans la version révisée par Gustav Mahler (musique) et Max Kalbeck (livret) – en allemand, donc.

Deuxième parti pris : Stefaan Degand et Eva Van der Gucht ne sont pas des chanteurs, mais des acteurs. Si le premier interprète, plus ou moins, sa partition, amplifiée par des micros, ce n’est pas le cas de la seconde : son duettino avec Susanna (« Via, resti servita ») est donc tout simplement coupé, et les ensembles sont pris en charge par la soprano Reisha Adams.

Évidemment, si le mélange des langues apporte de la confusion et rompt l’unité de la partition, il peut aussi créer une proximité avec le public de l’Opera Vlaanderen. Mais une Marcellina qui ne chante pas est autrement plus dérangeante, et l’on comprend mal pourquoi le metteur en scène a voulu sacrifier musicalement ce personnage, qui possède pourtant une veine comique indéniable. L’ajout d’un monologue parlé, à l’acte IV, librement inspiré de Beaumarchais, ne convainc pas davantage.

En dehors de ces choix discutables, le spectacle  est drôle, intelligent, sous forme d’un décor en kit, dont émergent, selon les besoins de l’intrigue, portes, fenêtres et trappes, pour faire apparaître et disparaître les protagonistes de la comédie. Si le grotesque, voire le trivial, ne sont jamais loin, on retient, avant tout, la manière dont Tom Goossens joue avec l’espace théâtral et ses conventions. On regrettera, en revanche, que la question sociale soit éludée, et que celle du genre soit seulement esquissée, et non totalement exploitée.

Au sein d’une distribution élégante et équilibrée, on distinguera les timbres corsés de la Néerlandaise Lenneke Ruiten et de l’Américaine Maeve Höglund, dont la ressemblance vocale et physique sert la connivence entre maîtresse et servante. Le Figaro du Britannique Bozidar Smiljanic et le Comte de l’Allemand Kartal Karagedik sont, eux aussi, impeccables musicalement . De plus, ils ne manquent pas d’impact scénique, bien que la direction d’acteurs ne leur offre pas une grande densité, ni beaucoup de relief.

Un peu légère dans « Non so più », la voix de la mezzo italienne Anna Pennisi gagne en profondeur, au fil de l’opéra, pour proposer un Cherubino juvénile et délicat. Sa compatriote, la soprano Elisa Soster, possède la fausse naïveté de Barbarina, tandis que le ténor espagnol Daniel Arnaldos affirme d’emblée, en Basilio, son potentiel comique, sans jamais sacrifier le chant.

Marie Jacquot dirige avec une surprenante économie de gestes, favorisant toujours le caractère aérien et mouvant de la musique de Mozart. Cela donne de belles pages, servies notamment par les pupitres des vents, mais la lecture de la cheffe française manque un peu de l’énergie théâtrale qu’on attend. En revanche, les jeux de citation au pianoforte sont très réussis, tout comme le finale, remarquablement équilibré, sur le plateau comme dans la fosse.

Claire-Marie Caussin


© OBV/Annemie Augustijns

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