Théâtre des Champs-Élysées, 19 février
Très beau succès dans une salle quasi comble pour ce Roméo et Juliette en concert – coproduction entre le TCE et Les Grandes Voix – dédié en dernière minute à la mémoire de José van Dam, dont on avait appris le décès quelques heures plus tôt. À la tête d’un Orchestre National de France chatoyant, Clelia Cafiero en donne une lecture précise et claire – sans toutefois l’urgence et la sensualité qu’y mettait ici même, pour la version écourtée et participative, Jean-François Verdier il y a quelques jours. Ont été réunis le Chœur de Chambre de Rouen et celui de Sorbonne-Université, à côté d’un plateau très soigné jusqu’au moindre des comprimari.
Dans les seconds plans, Julien Ségol est un Duc de Vérone plein d’autorité, tout comme Marc Barrard en Comte Capulet, malgré chez l’un et l’autre un aigu un peu difficile. Marie-Ange Todorovitch campe une savoureuse Gertrude, elle qui fut autrefois un beau Stéphano, notamment au disque avec Plasson. Au page, justement, Éléonore Pancrazi prête son mezzo léger et nerveux, avec un indéniable panache malgré un aigu prudent. Enfin, aux côtés du bouillant Tybalt de Léo Vermot-Desroches, très efficace est le Frère Laurent de Paul Gay (sans toutefois la bouleversante humanité de Van Dam, qui l’a gravé pour Plasson en 1983 et 1995) et excellent le Mercutio de Philippe-Nicolas Martin.
Reste le couple d’amants, crédible par la proximité physique (avec force baisers échangés !) qu’ils ont su trouver, mais problématique pour son appariement vocal. Charles Castronovo a-t-il raison de revenir à Roméo, au sein d’une saison l’affichant dans Un ballo in maschera, Carmen ou Werther ? Le ténor américain tâche pourtant de constamment alléger son émission, notamment dans « Ah ! lève-toi soleil », mais on le sent gêné aux entournures, avec un médium engorgé et un aigu trop souvent donné en force. Demeure une incarnation ardente et virile qui peut convaincre, pour peu qu’on passe sur un français très approximatif. Bien plus soignée de chant, de ligne et de diction est la délicate Juliette de sa compatriote Kathryn Lewek, en remplacement de Lisette Oropesa initialement prévue lors de l’annonce de saison. La soprano colorature détaille avec une précision infaillible sa « Valse », aux vocalises, trilles et suraigus éblouissants. Ailleurs, elle parsème sa partie de superbes notes filées, mais sait également trouver dans l’air « du poison » une densité de timbre, une ampleur d’aigu et une fébrilité d’accent tout à fait impressionnantes.
THIERRY GUYENNE
Charles Castronovo (Roméo)
Kathryn Lewek (Juliette)
Paul Gay (Frère Laurent)
Philippe-Nicolas Martin (Mercutio)
Éléonore Pancrazi (Stéphano)
Marc Barrard (Le Comte Capulet)
Marie-Ange Todorovitch (Gertrude)
Léo Vermot-Desroches (Tybalt)
Maurel Endong (Gregorio)
Abel Zamora (Benvolio)
Yuriy Hadzetskyy (Le Comte Pâris)
Julien Ségol (Le Duc de Vérone)
Clelia Cafiero (dm)
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