Concerts et récitals Roland à Versailles
Concerts et récitals

Roland à Versailles

25/03/2026
Karine Deshayes, Jérôme Boutillier et Emiliano Gonzalez Toro. © Julien Hanck

Opéra Royal, 9 mars

Nommé chef en résidence au Centre de Musique Baroque de Versailles, Emiliano Gonzalez Toro y entame sa collaboration avec un Roland de Lully en version de concert qui fait aussi l’objet d’un enregistrement. Cette avant-dernière tragédie lyrique du tandem Quinault-Lully – sans doute pas la meilleure du compositeur – est assez atypique, le rôle-titre, peu héroïque en vérité, étant confié non à une haute-contre mais à une basse, et l’intrigue s’avérant bien mince : Roland, amoureux d’Angélique, reine de Cathay, sombre dans la folie quand il comprend que la belle aime Médor et en est aimée, et il faut l’intervention d’une fée pour qu’il recouvre la raison et retourne à ses exploits guerriers en renonçant à l’amour. L’ironie du livret est manifeste, mais faut-il pour autant verser dans le bouffe, comme le fait Mathilde Étienne, codirectrice d’I Gemelli, dans sa mise en espace proposant parodies de gestuelles et danses baroques – mal réalisées – et des postures à la Tex Avery ?

Cela déteint sur la direction musicale, dont on loue l’énergie et l’élégance, avec un continuo robuste et un orchestre riche et chatoyant – notons la disposition très « informée », chef tourné vers le plateau, dos aux musiciens. On aurait souhaité plus de contrastes dans un discours qui tend à tout lisser, et à négliger la caractérisation des petits ariosi s’enchâssant dans les récits. Heureusement, sont réussis les deux moments-clés de la partition : la chaconne de vaste proportion au III, et la scène de folie.

Le plateau est inégal. Si, par son baryton mordant, sonore et suprêmement modulé, Jérôme Boutillier est un Roland de grand relief, malgré quelques effets comiques appuyés, Angélique convainc moins, rôle trop passif pour Karine Deshayes, qui y apporte sa sûreté technique mais aussi un style assez générique et un ton dolent vite lassant, sans parler d’une diction manquant de clarté. Elle est on ne peut plus mal appariée au Médor éclatant et sanguin de Juan Sancho, qui, par son énergie, arrive à arracher le personnage à sa geignardise, non sans quelques accents quasi véristes cependant.

Seconds plans très bien distribués en revanche, où se distinguent le soprano fruité d’Alix Le Saux, Logistille pleine d’autorité, l’étonnante haute-contre de Morgan Mastrangelo, au look androgyne surprenant, et le baryton puissant, quoiqu’un rien monolithique peut-être, de Victor Sicard.

THIERRY GUYENNE

Jérôme Boutillier (Roland)
Karine Deshayes (Angélique)
Alix Le Saux (Logistille, la fée principale)
Juan Sancho (Médor)
Lila Dufy (Témire)
Victor Sicard (Demogorgon)
Morgan Mastrangelo (Coridon, Astolfe)
Nicolas Brooymans (Ziliante, un suivant)
Pierre-Emmanuel Roubet (Tersandre)
Camille Souquère (Bélize, une suivante)
Emiliano Gonzalez Toro (dm)
Mathilde Étienne (me)

.

Pour aller plus loin dans la lecture

Concerts et récitals Iolanta à Rouen

Iolanta à Rouen

Concerts et récitals Ermione à Marseille

Ermione à Marseille

Concerts et récitals Roméo et Juliette à Paris

Roméo et Juliette à Paris