Palais Garnier, 13 septembre
Célébrer Joséphine Baker, entrée au Panthéon en 2021, est toujours nécessaire. Le Théâtre des Champs-Élysées l’a déjà fait en 2025, pour le centenaire de ses débuts à Paris. Un an plus tard, l’Opéra National de Paris, altruiste, récupère un spectacle de théâtre musical (créé en 2016 au Dutch National Opera d’Amsterdam, dans une forme plus légère encore) que le Châtelet n’a pas pu jouer en 2020. Avec sept personnes sur scène (sans fosse), Alexander Neef aurait sans doute pu attendre le hors-les-murs de Garnier dès 2027-2028, dans une salle plus modeste – l’Athénée aurait suffi, voire l’Amphithéâtre Olivier Messiaen –, pour monter à la place une production lyrique adaptée au lieu. Les ouvertures de saison à la Grande Boutique ont quelque peu perdu de leur éclat, mais pas de leur tarification, puisque la catégorie « Optima » est au même prix qu’Il barbiere di Siviglia à Bastille…
Perle noire : méditations pour Joséphine est un projet mûri par Julia Bullock depuis ses années étudiantes. Après avoir intégré pour la première fois à ses récitals en 2014 des chansons liées à Joséphine Baker, la soprano suit les conseils de Peter Sellars en approfondissant ses recherches sur ce qui rend cette native de Saint-Louis, Missouri (comme elle), si inspirante dans son travail. Parallèlement, le metteur en scène étasunien ajoute l’autrice Claudia Rankine au processus créatif, et Julia Bullock rencontre l’International Contemporary Ensemble, qui l’amène au compositeur Tyshawn Sorey. Une équipe est ainsi formée, pour un spectacle mobile, une « œuvre pour Joséphine » (plutôt que sur elle), à partir des différentes personnalités qui façonnent cette figure historique, et notamment son combat pour la liberté à travers l’utilisation des stéréotypes coloniaux.
Julia Bullock chante, parle et danse dans une véhémence inouïe de regards, de respiration, d’incarnation. Ses épatants débuts à l’Opéra National de Paris n’auraient pu la mettre autant en valeur que cette « version de scène » de Bullock la citoyenne, qui avec toutes ses facettes d’artiste, ne cherche ni à imiter ni à jouer, mais à transmettre l’interprétation personnelle qu’elle a de Joséphine. La proposition de Peter Sellars, en simple concert, n’a vraiment pas grand-chose à proposer, là où l’on aurait espéré une exploration complexe, sinon appliquée. Les divagations de la musique « spontanée » de Tyshawn Sorey, aux confins de l’improvisation jazz, ne reposent que sur la participation individuelle d’admirables solistes instrumentaux. Cet interminable temps déconstruit, flottant et abstrait, paraît dépourvu d’identité et de positionnement, et laisse un amer parfum de « pourquoi ? ».
THIBAULT VICQ
Julia Bullock (Joséphine Baker)
Peter Sellars (ms)
Carlos J. Soto (c)
James F. Ingalls (l)
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