Opéras L’Orfeo à Glyndebourne
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L’Orfeo à Glyndebourne

08/09/2026
Krystian Adam, Roseline Wilkens et Francesca Aspromonte. © Glyndebourne Productions Ltd./Richard Hubert Smith

Opera House, 7 juillet

Si Il ritorno d’Ulisse in patria et L’incoronazione di Poppea avaient déjà été donnés à Glyndebourne, L’Orfeo, curieusement, n’y avait jamais été programmé. Il fallait donc une affiche événementielle pour célébrer cette création in loco, et le festival a eu la bonne idée de confier la mise en scène à William Kentridge, dont les apparitions lyriques sont rares mais toujours attendues. Le spectacle ira d’ailleurs ensuite à l’Opéra d’Athènes puis au Met de New York. Avant même la fameuse Zauberflöte à la Monnaie en 2005 qui lui avait valu une reconnaissance internationale dans le monde lyrique, l’artiste sud-africain avait déjà monté à Bruxelles un Ritorno d’Ulisse confié à des marionnettes. L’univers de Monteverdi n’est donc pas neuf pour lui, et il y a appliqué son précepte de base : mettre en scène un opéra, c’est comme faire un dessin en quatre dimensions sur une toile de quinze mètres par huit ou neuf. On pourrait évidemment craindre une lecture trop picturale et trop peu théâtrale, mais le plasticien sait aussi construire ses personnages principaux.

Graphique, le spectacle l’est assurément, avec une Musica (l’excellente Francesca Aspromonte) qui n’est pas seulement narratrice de l’histoire d’Orphée, mais aussi la dessinatrice, peintre, scénariste, créatrice, réalisatrice qui, dans un grand cahier d’esquisses dont on peut découvrir le contenu projeté en vidéo, invente le récit. L’action se déroule dans un décor unique, un vaste atelier d’artistes réparti sur plusieurs niveaux, où tous les personnages – bergers, nymphes, dieux… – sont eux-mêmes peintres, dessinateurs ou sculpteurs. Leurs tenues sont soignées, mais on les devine un peu élimées : parfois, on pourrait se croire dans La Bohème. Au troisième acte, il suffit à Kentridge de changer les lumières et les dessins projetés pour faire comprendre qu’on est passé aux Enfers.

Le résultat global peut sembler par moments chargé, voire statique, mais le spectateur qui adhère au projet se verra emporté par le drame monteverdien non comme dans une simple suite de péripéties, mais dans une quintessence d’œuvre d’art totale qui émeut et suscite des questionnements sur le pouvoir de l’art – symbolisé, explique Kentridge, par La Musica.

Si Aspromonte prête également, comme de coutume, sa voix à Euridice, la bien-aimée est personnifiée sur scène par une danseuse dans la force de l’âge (Roseline Wilkens), qui trouble et mystifie gentiment un Orfeo inattendu, en canotier et lavallière, aux allures de clerc de notaire plus que de séducteur : c’est le ténor polonais Krystian Adam, touchant par sa gaucherie mais surtout chanteur formidable, capable d’une diversité infinie de nuances. Son grand air « Possente spirto » bouleverse la salle au moins autant que les dieux. On s’enthousiasme aussi pour la mezzo Xenia Puskarz Thomas, intense et charnue tant en Messaggera qu’en Speranza, tandis que le reste du plateau, dans un esprit de troupe plus que de performances solistes, se révèle sans faiblesse.

Dans la fosse, Jonathan Cohen dirige un continuo étoffé de huit cordes frottées ou pincées, mais aussi un Orchestra of the Age of Enlightenment idéalement configuré pour offrir un son riche mais sans lourdeur, adapté aux mesures du théâtre de Glyndebourne. Le plaisir de la soirée n’est donc pas seulement vocal, mais aussi instrumental.

NICOLAS BLANMONT

Francesca Aspromonte (La Musica, Euridice)
Krystian Adam (Orfeo)
Xenia Puskarz Thomas (Messaggera, Speranza)
Callum Thorpe (Caronte)
Leia Lensing (Proserpina)
Davide Giangregorio (Plutone)
Simon Mascarenhas Carter (Eco)
Caspar Singh (Apollo)
Jonathan Cohen (dm)
William Kentridge (ms)
Sabine Theunissen (d)
Greta Goiris (c)
Urs Schönebaum (l)

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