Opéras La traviata à Vérone
Opéras

La traviata à Vérone

18/07/2026
Martina Russomanno et Ludovic Tézier. © Ennevi Foto

Arena, 9 juillet

Collaborateur de Baz Luhrmann sur Moulin Rouge!, Paul Curran transpose La traviata dans l’univers du célèbre cabaret parisien, assumant pleinement la filiation avec le film de 2001, lui-même largement inspiré du chef-d’œuvre de Verdi. Une série de panneaux publicitaires de la Belle Époque fait office de voile de scène ; une fois retirés, ils laissent apparaître un îlot urbain évoquant les abords du Moulin Rouge, au pied de Montmartre, où surgissent plusieurs images emblématiques : le gigantesque éléphant, servant également de balcon, un pavillon d’inspiration Art nouveau dominé par une coupole de verre, et les inévitables ailes du moulin.

Le premier tableau du II abandonne la maison de campagne prévue par le livret et se déroule au cœur même du Moulin Rouge. Violetta en est la vedette, tandis qu’Alfredo a choisi de partager la vie de cette communauté d’artistes que la bonne société tenait volontiers à l’écart. La venue de Germont prend ainsi un relief nouveau : plus encore que la liaison elle-même, c’est le milieu dans lequel son fils s’est installé qui suscite sa consternation. Le second tableau constitue le sommet spectaculaire de la production : le plateau se remplit d’une foule bigarrée de danseuses, acrobates, travestis et artistes de tous horizons, dans un déferlement de couleurs, lumières, plumes et paillettes. À l’inverse, le III réduit soudain cet espace monumental à quelques mètres carrés autour du lit de Violetta, faisant naître une poignante impression d’abandon. Malgré quelques libertés avec le livret, Curran ne cherche jamais la provocation gratuite ni la relecture conceptuelle : sa mise en scène demeure fondamentalement fidèle à la psychologie des personnages et soigne avec une réelle attention la direction d’acteurs.

À la tête de l’Orchestra della Fondazione Arena di Verona, Michele Spotti confirme les qualités qui font de lui l’un des chefs les plus intéressants de sa génération. Au-delà d’un équilibre impeccable entre la fosse et le plateau – ce qui est loin d’aller de soi dans l’espace monumental des Arènes –, l’Italien choisit volontairement de privilégier l’élan dramatique aux raffinements orchestraux. Les contrastes dynamiques, les suspensions et des tempi souvent inattendus mais toujours pleinement motivés nourrissent un récit d’une tension constante, sans jamais sacrifier la continuité du discours. L’orchestre répond avec une précision et une homogénéité remarquables, tandis que le chœur se distingue par sa cohésion.

En pleine ascension, Martina Russomanno compte désormais parmi les jeunes sopranos italiennes les plus prometteuses. À 28 ans, elle possède déjà tous les attributs d’une grande Violetta : présence scénique magnétique, jeu remarquablement construit, technique solidement maîtrisée, phrasé d’une grande variété et diction exemplaire qui donnent au texte un relief constant. Francesco Meli trouve en Alfredo un rôle qui met idéalement en valeur son timbre solaire, son élégance de ligne et surtout cet accent verdien si immédiatement reconnaissable ; autant de qualités qui continuent d’en faire une référence dans ce répertoire. Ludovic Tézier, enfin, remplit sans peine le vaste amphithéâtre de sa voix généreuse, mais ne se contente pas d’en exhiber les moyens : son Giorgio Germont séduit par la noblesse de sa déclamation ainsi que par l’intensité de son incarnation. Une distribution de seconds rôles de très bonne tenue parachève un spectacle qui conjugue avec bonheur efficacité théâtrale et haute tenue musicale.

PAOLO DI FELICE

Martina Russomanno (Violetta Valéry)
Clarissa Leonardi (Flora Bervoix)
Francesca Maionchi (Annina)
Francesco Meli (Alfredo Germont)
Ludovic Tézier (Giorgio Germont)
Carlo Bosi (Gastone, visconte de Letorières)
Nicolò Ceriani (Barone Douphol)
Jan Antem (Marchese d’Obigny)
Gabriele Sagona (Dottore Grenvil)
Michele Spotti (dm)
Paul Curran (ms)
Juan Guillermo Nova (d)
Stefano Ciammitti (c)
Fabio Barettin (l)

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