
1 CD Alpha ALPHA 1211
Chef d’orchestre enthousiaste, redécouvreur de partitions oubliées, Leonardo García-Alarcón est aussi compositeur. Le 23 septembre 2022, en l’Abbaye d’Ambronay, alors qu’allait être créée sa Passione di Gesù – sous-titrée « Il vangelo di Giuda » (L’Évangile de Judas) –, commande du Centre culturel de rencontres de la cité de l’Ain, chacun se demandait quelle musique peut bien écrire un chef aussi imprégné de celle des XVIIe et XVIIIe siècles (voir O. M. n° 187 p. 30).
L’Abbatiale d’Ambronay avait été fort bien utilisée lors de cette création. Au disque, enregistré par les mêmes interprètes au Grand Manège de Namur et à la Cité Bleue de Genève, les déplacements des chanteurs, les effets d’espace et de lointain sont évidemment gommés, les passages en tutti perdent légèrement de leur relief, mais on peut sans dommage apprécier ce qui fait la chair de la partition. Tout commence par une voix désolée qui chante le Dies irae traditionnel, auquel s’enchaîne le bandonéon : la Passione mêle souvenirs venus du fond des temps et pages très animées qui font intervenir un orchestre où les époques se télescopent – dulciane et contrebasson, viole de gambe et violoncelles… sans oublier des percussions d’où se détachent cloches et vibraphone. Leonardo García-Alarcón donne du reste la clef musicale de sa Passione dans le texte qui accompagne l’enregistrement : un hommage à la fugue et au contrepoint selon Bach ; et la clef littéraire : un parcours à la manière de Borges et de la Divina Commedia de Dante.
Comme nous le remarquions lors de la création, on peut difficilement oublier les autres références : à Monteverdi, à Stravinsky, voire à Poulenc et pourquoi pas à la Misa criolla. L’arioso de Yehudah, au Canto V, s’inspire du chant vériste, alors que tel autre passage a le profil d’une chanson, tel autre celui d’un blues muni de ses glissandi de trombone.
Leonardo García-Alarcón dirige lui-même sa musique, et avec quelle conviction ! On retrouve Mariana Flores, sensuelle et lumineuse dans le rôle de Miriam, Ana Quintans, tour à tour véhémente et apaisée en Maria, et l’Ange de Julie Roset, soumise à une tessiture dont elle fait une espèce de rideau déchiré vers l’au-delà. Il y a moins de pathos au disque qu’au concert chez le Gesù d’Andreas Wolf, là où le Pietro de Victor Sicard et le Yehudah de Mark Milhofer jouent avec le même bonheur la carte du théâtre.
CHRISTIAN WASSELIN
1 CD Alpha ALPHA 1211
Mariana Flores (Miriam di Màgdala) – Ana Quintans (Maria) – Julie Roset (L’Angelo) – Andreas Wolf (Gesù) – Mark Milhofer (Yehudah) – Victor Sicard (Pietro) – Maxence Billiemaz (Tommaso) – Jonathan Spicher (Giovanni) – Frederico Projecto (Matteo)
Chœur de chambre de Namur, Chœur d’enfants Les Pastoureaux, Cappella Mediterranea, dir. Leonardo García-Alarcón
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