Opéras Brundibár à Paris
Opéras

Brundibár à Paris

22/06/2026
© Stefan Brion

Opéra-Comique, 3 juin

Une immense carte scolaire de l’Europe en guise de rideau de scène, puis les regards convergent vers la ville de Terezín, en Bohême. La carte s’efface et nous entrons dans une salle de classe où chahutent des enfants. Vidé de ses habitants à partir de 1941 et transformé en camp de détention pour les Juifs d’Europe centrale, ce ghetto est une étape avant leur déportation à Auschwitz. Embelli artificiellement, le camp a été conçu comme un leurre pour berner la Croix-Rouge lors de sa visite en juin 1944 : on y reprend Brundibár, opéra pour enfants créé quelques mois plus tôt (23 septembre 1943) dans une version pour treize instrumentistes due à son auteur, le compositeur Hans Krása – lui aussi interné à Terezín comme tant d’autres musiciens, artistes, scientifiques… Redécouverte à la fin des années 1970, la partition fait l’objet de plusieurs enregistrements et productions, dont celle en France de la Compagnie Louise Lame dans une adaptation française de Chantal Galiana, avec une quinzaine de représentations à partir de 1997 grâce au défunt Île-de-France Opéra et Ballet.

À la tête de sa Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique et des Frivolités Parisiennes, Louis Langrée a eu la bonne idée de tresser autour de cet ouvrage bref (une trentaine de minutes) du compositeur tchèque une série d’œuvres proches par le style et l’esprit. Ainsi, en ouverture, le septuor à vents Mládí (Jeunesse) de Janáček, puis deux fragments de la cantate de chambre Un soir de neige de Poulenc sur un poème d’Éluard, ainsi que le conte « pour vieux enfants » de Jean-Claude Grumberg, De Pitchik à Pitchouk, adapté pour l’occasion par les deux metteurs en scène Muriel Mayette-Holtz et Jean-Claude Berutti. Disons-le tout net, c’est la seule partie ratée de ce spectacle par ailleurs très réussi : aucun travail de diction n’a été effectué auprès des enfants, sans compter qu’un jeu de scène approximatif perturbe la compréhension du texte. En revanche, dès les premières notes de Brundibár, tout se remet en place : la fable où un musicien de rue monopolise la parole et le chant (Hitler, par extension) tandis que les enfants Pepíček et Aninka l’affrontent dans un combat dont ils sortent vainqueurs, soutenus par la population, fait la part belle au chant et à la musique. Une partition au rythme débridé traversée par le jazz et le music-hall, aussi brillante que celles écrites à la même époque par Schulhoff, Ullmann, Weill ou Poulenc. Destinées à des chanteurs non professionnels (ceux de l’orphelinat juif de Prague dans sa première version de 1938), les mélodies, simples et bien tournées, prennent un relief supplémentaire dans l’interprétation enjouée des jeunes de la Maîtrise et le carnaval satirique de ces grosses têtes en carton-pâte. Inséré avant le chœur final où tous les enfants chantent « Brundibár est vaincu, le tyran est perdu, / On ne s’est pas laissé faire, on a gagné la guerre », la tension monte avec Ich wandre durch Theresienstadt, chanson composée par Ilse Weber sur la réclusion dans le camp, et les quelques images du documentaire de propagande tourné à Terezín, lors de l’exécution de l’œuvre face à la Croix-Rouge : les enfants quittent alors leurs habits pour apparaître en tenue de prisonnier. Le conte peut être cruel, comme la réalité, mais là, le compositeur et son librettiste Adolf Hoffmeister choisirent une fin heureuse avec ce chœur généreux clamé au final en forme de manifeste.

FRANCK MALLET

Arthur Richard (Pepíček)
Yasmin Heck Mateus (Aninka)
Colin Renoir-Buisson (Brundibár)
Tiago Lucet-Rémy (Le Crémier)
Joachim Garcenot (Le Gendarme)
Ulysse Dureau (Le Boulanger)
Emmanuella Traore (La Marchande de glaces)
Hana Derraji Schrader (Le Moineau)
Théonie Forsans (Le Chien)
Henza Khouader (Le Chat)
Louis Langrée (dm)
Muriel Mayette-Holtz, Jean-Claude Berutti (ms)
Rudy Sabounghi (dc)
François Thouret (l)
Christine Bonneton (ch)

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