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Ariadne auf Naxos à Glyndebourne

09/09/2026
Alina Wunderlin, David Butt Philip et Rachel Willis-Sørensen. © Glyndebourne Productions Ltd./Tristram Kenton

Opera House, 16 août

Vingt-trois ans après une mémorable production à l’Opéra National de Paris (avec notamment Natalie Dessay, Stéphane Degout et Sophie Koch), Laurent Pelly revient à Ariadne auf Naxos. Et explique, dans le programme du Festival de Glyndebourne, avoir mieux compris avec le recul du temps que la deuxième partie de l’œuvre – celle qu’on appelle l’opéra – est, tout autant que le Prologue, une représentation. Et donc qu’il veut dès lors mieux y souligner le contraste entre l’univers d’Ariadne et celui de Zerbinetta, entre le tragique et le comique. Le résultat ne donne pas pour autant un sentiment de plus grande cohérence, au contraire, mais peut-être n’est-elle pas recherchée ?

Le Prologue est une réussite parfaite qui séduit par son unité : l’élégant décor de Massimo Troncanetti, superbement éclairé par Marco Giusti, combine modernité (un immense lustre tubulaire design et une haute muraille de métal ondulé étirée en demi-ellipse) et classicisme (une immense porte de bois marquetée, entourée de lambris et qui glisse lentement de jardin à cour), avec un sens de la surprise dans les entrées et sorties, des costumes modernes empreints de fantaisie (signés, comme à l’habitude, de Pelly lui-même), un rythme constant de comédie sans temps mort et des protagonistes finement caractérisés.

L’opéra convainc moins. Le décor de base est identique, mais on a ajouté au milieu de la scène une immense dune allongée de ballast sur laquelle les personnages évoluent avec une gêne manifeste. Les deux univers ont été clairement différenciés : d’un côté l’élégance de Zerbinetta en bustier rose et de ses boys en clowns blancs et, de l’autre, Ariadne, Bacchus et les nymphes qui semblent avoir dû se contenter de vieux costumes wagnériens de l’entre-deux-guerres.

Pelly a longtemps été perçu comme un metteur en scène de comédies plus que de drames, même s’il a eu depuis des réussites splendides dans le second registre. Mais ici, consciemment ou non, il semble éprouver plus de sympathie et d’intérêt pour ceux qui rient et perturbent que pour ceux qui pleurent et souffrent. Le résultat final n’est pas inintéressant, mais on sort du spectacle sans avoir été vraiment ému par le sort d’Ariadne.

On n’en blâmera certes pas Rachel Willis-Sørensen, qui apporte à la Prima Donna et plus encore au rôle-titre des moyens somptueux d’intonation, de galbe et de projection. Ni personne d’autre d’ailleurs : le plateau est sans faille. La soprano allemande Alina Wunderlin, déjà entendue à Glyndebourne en Reine de la Nuit, a non seulement la virtuosité requise pour Zerbinetta, mais aussi l’esprit qui donne sens à ses vocalises, le ténor britannique David Butt Philip, habitué des lieux, confère noblesse et force à son Bacchus, et la mezzo-soprano américaine Samantha Hankey offre son registre aigu cristallin mais ferme à un Komponist sobre et attachant, qui continue à observer tout l’opéra depuis la scène mais sans plus oser se mêler aux protagonistes. Le Harlekin de Mikhail Timoshenko se détache moins du quatuor que ce que l’on est habitué à entendre, mais l’équilibre vocal des quatre garçons est du pain bénit pour les nostalgiques des Männerchöre.

Robin Ticciati exploite à merveille l’orchestre réduit de Strauss pour colorer chaque scène adéquatement, le London Philharmonic Orchestra se pliant idéalement à chacun de ses gestes. Mais, s’ils avaient pu ensemble bouleverser dans la même salle l’année dernière avec un Parsifal plein de profondeur, ils se contentent cette fois de susciter l’admiration par l’élégance de leur approche.

NICOLAS BLANMONT

William Relton (Der Haushofmeister)
Michael Kraus (Ein Musiklehrer)
Samantha Hankey (Der Komponist)
David Butt Philip (Der Tenor/Bacchus)
Ru Charlesworth (Ein Tanzmeister)
Rachel Willis-Sørensen (Die Primadonna/Ariadne)
Alina Wunderlin (Zerbinetta)
Mikhail Timoshenko (Harlekin)
Caspar Singh (Scaramuccio)
Liam James Karai (Truffaldin)
Liam Bonthrone (Brighella)
Robin Ticciati (dm)
Laurent Pelly (ms/c)
Massimo Troncanetti (d)
Marco Giusti (l)

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