Prinzregententheater, 21 juillet
Plusieurs paris pour cette Alcina, seconde nouvelle production du festival d’été 2026 du Bayerische Staatsoper : la première mise en scène lyrique pour Munich de Johanna Wehner, jusqu’ici plus initiée au théâtre qu’à l’opéra, et une grande première pour un noyau de volontaires du Bayerisches Staatsorchester, qui aborde ici – cordes en boyau, archets baroques et continuo étoffé – son tout premier engagement dans une lecture historiquement informée jusqu’au moindre détail.
Le résultat scénique reste énigmatique. Le rideau s’ouvre sur un salon confortable, qu’on imaginerait sur une île exotique lointaine, mais dévasté par les colères d’Alcina à chaque nouvelle frustration : vaisselle brisée, fleurs éparpillées, rambarde arrachée… dégâts que des domestiques s’empressent aussitôt de réparer en un ballet sisyphéen répété inlassablement toute la soirée. Nouveau décor après l’unique entracte, placé juste après le déchirant « Ah! mio cor » d’Alcina : une salle d’exposition d’anciens amants pétrifiés en statues dorées. Après la libération de toutes ces proies, c’est là qu’Alcina, lasse de tant de déconvenues, viendra finalement se figer à son tour. Une proposition pertinente pour un « opera seria » par nature artificiel, mais qui laisse les chanteurs trop souvent en panne d’interactions, entrant et sortant d’air en air sans que naisse vraiment la tension dramatique espérée. Au cours de la seconde partie, on finit même par vraiment s’ennuyer.
La musique, elle, ne laisse aucune place à la banalité. Stefano Montanari conduit son orchestre avec une stupéfiante souplesse, tissant autour des voix des répliques instrumentales d’une intimité et d’une virtuosité constantes. Les da capo, généreusement ornés, suspendent le temps, jusqu’à des cadences très développées voire vertigineuses : c’est là, en tout cas bien davantage que dans la mise en scène, que tous les affects du livret deviennent tangibles et touchants.
Un écrin parfait pour l’Alcina de Jeanine De Bique. Drapée dans une somptueuse tenue rouge carmin, la soprano trinidadienne brûle d’une troublante intensité, voix pas toujours homogène mais filée jusqu’à de prodigieux pianissimi suspendus qui évitent pourtant tout maniérisme. Le contre-ténor américain John Holiday lui oppose un Ruggiero à la fois doux et bien armé pour l’héroïsme, quand Elsa Benoit déploie en Morgana une voix toujours aussi lumineuse et une infaillible sûreté des coloratures, culminant dans un exaltant « Tornami a vagheggiar ». Carine Tinney prête à la quête d’Oberto une émouvante beauté de timbre, et Gerrit Illenberger impose un Melisso à la plénitude vocale inattendue pour ce rôle de précepteur. Seules discrètes ombres au tableau : Avery Amereau, un rien terne en Bradamante, et Julian Prégardien, toujours aussi intéressant dans ce répertoire mais qui peine à dompter les coloratures d’Oronte. À défaut de magie théâtrale, au moins des voix et un orchestre ensorcelants, ce qui, pour un festival, reste un bel aboutissement.
LAURENT BARTHEL
Jeanine De Bique (Alcina)
John Holiday (Ruggiero)
Elsa Benoit (Morgana)
Avery Amereau (Bradamante)
Julian Prégardien (Oronte)
Carine Tinney (Oberto)
Gerrit Illenberger (Melisso)
Stefano Montanari (dm)
Johanna Wehner (ms)
Benjamin Schönecker (d)
Ellen Hofmann (c)
Michael Bauer (l)
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