Éditorial Le chemin de la parité
Éditorial

Le chemin de la parité

20/03/2024
Alexander Neef. © Opéra National de Paris/Elena Bauer

Mars-avril est la période où les théâtres ont pris l’habitude d’annoncer leur future saison. La programmation de l’Opéra National de Paris pour 2024-2025, dévoilée il y a quelques jours, est riche de promesses.

La grande affaire, c’est certain, sera la nouvelle production de Das Rheingold, premier volet d’une Tétralogie, dont les Journées s’étaleront jusqu’à décembre 2026. Commandé par Stéphane Lissner, moins de dix ans après le précédent – et visuellement médiocre – Ring, confié à Günter Krämer, ce projet d’envergure n’avait pu voir le jour, au printemps 2020. Alors que son Prologue était prêt à être montré au public, le confinement avait entraîné la fermeture immédiate des théâtres. Alexander Neef, aussitôt nommé à l’ONP, a eu raison de le reprendre à son compte, ne serait-ce qu’en raison des sommes déjà engagées.

Son maître d’œuvre sera, pour la mise en scène, Calixto Bieito, qui vient de signer, à l’Opéra Bastille, un époustouflant Exterminating Angel (voir notre compte rendu). Espérons que sa Tétralogie sera de la même eau… Au pupitre, on applaudit le choix de Pablo Heras-Casado, qui nous avait enthousiasmé dans Siegfried et Götterdämmerung, au Teatro Real de Madrid, en 2021 et 2022. Il compte parmi les cinq meilleurs chefs wagnériens du moment.

La distribution de l’ensemble du cycle s’annonce brillante mais, pour nous en tenir à celle de Das Rheingold, seule annoncée pour l’instant, comment ne pas être alléché par les débuts de Ludovic Tézier en Wotan et d’Eve-Maud Hubeaux en Fricka ? Cette volonté de mettre en avant deux des meilleurs chanteurs français du moment, dans des rôles de cette importance, doit être saluée.

Deuxième événement, la nouvelle production de Pelléas et Mélisande, confiée au metteur en scène Wajdi Mouawad, dont Alexander Neef, dans la brochure de saison, explique qu’« en revenant à la source du poème de Maurice Maeterlinck, [il] révèle les non-dits, le mystère mais aussi la sensualité de ce magnifique théâtre chanté ».

Après vingt-huit ans de bons et loyaux services, il était temps de remplacer le spectacle de Robert Wilson. Et, là encore, le plateau soulève beaucoup d’espoirs : Sabine Devieilhe et Huw Montague Rendall (un Britannique chantant un français parfait !) dans les rôles-titres, Sophie Koch, pour la première fois, en Geneviève, Jean Teitgen en Arkel… Un pari : Antonello Manacorda, peu connu du public (il n’a, à ce jour, dirigé que deux opéras de Mozart, à l’ONP), au pupitre.

Deux autres nouvelles productions m’attirent. D’abord, celle des Brigands d’Offenbach, judicieusement programmée au Palais Garnier (l’ouvrage se perdait dans l’Opéra Bastille, en 1993). Le génial Barrie Kosky devrait y faire des étincelles en mise en scène, avec une épatante distribution, très majoritairement francophone : Marie Perbost, Antoinette Dennefeld, Yann Beuron, Mathias Vidal, Philippe Talbot, Laurent Naouri…

Ensuite, celle de Castor et Pollux de Rameau, confiée au tandem Teodor Currentzis/Peter Sellars, que l’on sait capable d’atteindre le sublime (le diptyque Iolantha/Perséphone à Madrid, Aix-en-Provence et Lyon !), avec une Phébé et un Castor de rêve : Stéphanie d’Oustrac et Reinoud Van Mechelen.

Parmi les reprises, certaines affiches accrochent le regard : Asmik Grigorian dans les trois héroïnes d’Il trittico, en coproduction avec Salzbourg, où la mise en scène de Christof Loy a été créée, en 2022 ; le couple Pene Pati/Amina Edris, dans Faust ; ceux formés par Stanislas de Barbeyrac et Golda Schultz, dans The Rake’s Progress, Lawrence Brownlee et Lisette Oropesa, dans I puritani, Benjamin Bernheim et Nadine Sierra, dans Manon ; le face-à-face entre Marina Rebeka et Ekaterina Gubanova, dans Don Carlos

Au Théâtre des Champs-Élysées, 2024-2025, dernière saison de son directeur, Michel Franck, se terminera en apothéose, avec une nouvelle production de Der Rosenkavalier, confiée à Krzysztof Warlikowski, avec Marlis Petersen en Maréchale et Marina Viotti en Octavian. Auparavant, on se sera précipité à Werther, dirigé par François-Xavier Roth et mis en scène par Christof Loy, avec Benjamin Bernheim dans le rôle-titre, ainsi qu’à la reprise de Dialogues des Carmélites, dans la si belle production d’Olivier Py, dont la distribution est marquée par un jeu de chaises musicales.

Patricia Petibon, Blanche à la création du spectacle, laisse la place à Vannina Santoni, afin d’endosser l’habit de Mère Marie (un rôle de grand mezzo-soprano !), Sophie Koch quitte Mère Marie pour Madame de Croissy, Véronique Gens étant la seule des têtes d’affiche à conserver son personnage de Madame Lidoine. Karina Canellakis sera à la baguette, confirmant la place de plus en plus importante accordée aux cheffes d’orchestre dans les théâtres lyriques parisiens.

À l’ONP, Alexander Neef a, en effet, confié Madama Butterfly à Speranza Scappucci, Die Zauberflöte à Oksana Lyniv, The Rake’s Progress à Susanna Mälkki, et Don Carlos à Simone Young. Que de chemin parcouru : il y a exactement dix ans, la saison 2014-2015 de l’institution n’affichait pas une seule femme au pupitre ! À l’heure où la parité connaît encore des difficultés pour s’imposer, c’est un signal encourageant.

Il est, évidemment, possible d’aller encore plus loin, étant donné le nombre de cheffes de grand talent aujourd’hui. Pourquoi pas, par exemple, en nommer une à la direction musicale de l’Opéra National de Paris, poste vacant depuis le départ de Gustavo Dudamel ? 

RICHARD MARTET

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