Opéras Une Beatrice di Tenda statique à Gênes
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Une Beatrice di Tenda statique à Gênes

03/04/2024
Mattia Olivieri (Filippo Maria Visconti) et Angela Meade (Beatrice di Tenda). © Marcello Orselli

Teatro Carlo Felice, 17 mars

Un mois après l’Opéra National de Paris (voir O. M. n° 201 p. 73 d’avril 2024), c’est au tour du Teatro Carlo Felice de Gênes de proposer une nouvelle production de Beatrice di Tenda (Venise, 1833), avec un résultat tout aussi peu concluant, sur le plan visuel.

Confronté, comme Peter Sellars, à l’Opéra Bastille, à une dramaturgie accusant de réelles faiblesses – Bellini, le compositeur, et Romani, le librettiste, s’accusèrent mutuellement d’être responsables de l’échec initial –, Italo Nunziata règle une succession de tableaux vivants, aussi gauches que privés de vie, qui ne font qu’aggraver le statisme de l’ouvrage. Le tout dans un dispositif fixe, composé d’un grand mur ébréché, au fond, et d’un large escalier. S’y ajoutent, selon les besoins, quelques panneaux mobiles, un portrait de Facino Cane (1360-1412), célèbre condottiere de la fin du Moyen Âge, premier époux de la vraie Béatrice de Tende, une table et des sièges.

Les costumes tranposent l’action à la fin du XIXe siècle, sans que l’on comprenne pourquoi. La direction d’acteurs est inexistante, abandonnant les chanteurs à leurs talents (inégaux) d’acteurs, et les mouvements de foule manquent de fluidité. Bref, un spectacle désolant.

Dommage car, par ailleurs, les satisfactions ne manquent pas, à commencer par le travail effectué par Riccardo Minasi. Familier de la pratique « historiquement informée » et habitué à diriger des formations sur instruments anciens (Il Pomo d’Oro, La Scintilla), le directeur musical du Teatro Carlo Felice (depuis 2022) métamorphose l’orchestre maison, précis, concentré et à l’intonation impeccable, du côté des cors notamment.

Énergique et cinglant dans les passages agités, serein et soucieux du détail instrumental dans les oasis élégiaques, le chef italien veille, de surcroît, à l’équilibre fosse/plateau, pas forcément facile à obtenir dans cet opéra, hérissé de « concertati » de vastes proportions. On saluera, également, le soin apporté aux longues introductions instrumentales des airs, en regrettant, simplement, la sobriété excessive des variations dans les da capo.

On connaît, depuis longtemps, les atouts d’Angela Meade : une voix longue, puissante, soutenue par une bonne technique, doublée d’une propension à l’agressivité dans l’accent. Sa Beatrice est, donc, fondamentalement fonceuse et combative, au risque de l’excès, dans lequel elle bascule parfois. Le principal reproche que l’on peut adresser à la soprano américaine, néanmoins, reste sa maîtrise imparfaite du chant extatique, comme en apesanteur, si typique du style bellinien. Sur ce plan, on est loin du modèle proposé, dans le rôle, par Joan Sutherland, puis Mariella Devia.

En Filippo, Mattia Olivieri fait valoir une émission souple et bien dans le masque, dont il préserve l’homogénéité sur toute l’étendue de la tessiture. Le baryton italien y ajoute un phrasé éloquent et une présence scénique convaincante, pour un résultat d’ensemble absolument superbe.

Carmela Remigio impose un vrai tempérament et un chant solide en Agnese, Francesco Demuro abordant Orombello avec l’élégance requise. Tout juste regrette-t-on sa tendance à interpoler des suraigus, dont l’éclat fait, certes, beaucoup d’effet sur le public, mais à la pertinence et à la beauté douteuses.

Manuel Pierattelli et Giuliano Petouchoff complètent dignement la distribution. Enfin, préparé par Claudio Marino Moretti, le chœur maison est, de bout en bout, excellent, à la fois compact et nuancé.

PAOLO DI FELICE

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