Concerts et récitals Isabel Leonard à Aix-en-Provence
Concerts et récitals

Isabel Leonard à Aix-en-Provence

08/01/2026
Jérémie Rhorer et Isabel Leonard. © Claire Gaby

Grand Théâtre de Provence, 11 décembre

Rossini en majesté pour l’ouverture de la résidence aixoise du Cercle de l’Harmonie. Au Grand Théâtre de Provence, Jérémie Rhorer inaugure une série de trois concerts dont Rossini, Sì! constitue le premier volet, seul entièrement consacré au bel canto. Aux côtés de la mezzo-soprano américaine Isabel Leonard, le chef parcourt la trajectoire lyrique du maître de Pesaro, des premières œuvres (La scala di seta, Il Turco in Italia, Il barbiere di Siviglia, La gazza ladra, La Cenerentola) à celles de la maturité (Semiramide, Guillaume Tell). Alternant Ouvertures étincelantes et airs emblématiques, la soirée compose un portrait contrasté, où l’élan rythmique et la flamboyance orchestrale laissent affleurer, par instants, une gravité plus intériorisée.

À la tête de son ensemble fondé il y a vingt ans, Jérémie Rhorer impose une lecture d’une précision souveraine, tendue et électrisante. Le Cercle de l’Harmonie affirme une identité sonore immédiatement reconnaissable : instruments d’époque aux couleurs franches et texturées, cuivres à la rugosité savoureuse, bois tantôt acidulés, tantôt lumineux, cordes à la fois soyeuses et incisives. Les Ouvertures, portées par une dynamique rigoureusement architecturée, gagnent une densité et un relief rares, chaque nuance étant pensée comme un moteur du discours théâtral.

Face à cette pâte orchestrale éclatante et mobile, Isabel Leonard séduit par une présence et une voix d’un indéniable charme : timbre ample et rond, homogénéité des registres, vibrato mesuré, phrasé élégant. Dans les pages les plus légères, son sens du style, son humour discret et sa prestance scénique font mouche. Lorsque le climat s’assombrit, en revanche, l’engagement vocal paraît plus contenu. L’air de Desdemona « Assisa a’ piè d’un salice » (Otello) en offre l’exemple le plus révélateur : la ligne est irréprochable, le style scrupuleusement respecté, mais le désespoir amoureux reste tenu à distance, comme si la quête de la plasticité vocale primait sur l’abandon tragique. Là où le texte appelle la blessure intime, le chant demeure bridé, presque contemplatif.

On sort ainsi d’un concert de très haute tenue musicale, dominé par un orchestre éblouissant, modèle de rigueur et de dynamisme ; la voix, en revanche, affiche par moments une distance expressive un rien déroutante.

CYRIL MAZIN

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