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On en parle

Le Palazzetto Bru Zane à l’assaut de La Montagne noire

01/12/2023
Augusta Holmès. © Bibliothèque du conservatoire de Genève

On entend souvent citer, aujourd’hui, les noms de Marie Jaëll (1846-1925), Mel Bonis (1858-1937) ou, bien sûr, leur aînée, Pauline Viardot (1821-1910), entre autres compositrices, dont certaines partitions ont été remises à l’honneur, ces dernières années. En exhumant les opéras qu’elles ont écrits, le Palazzetto Bru Zane a souhaité aller plus loin. Car c’est dans le genre lyrique, en France, notamment au XIXe siècle, qu’un musicien pouvait donner les meilleures preuves de la maîtrise de son art.

Après La Sérénade de Sophie Gail (1775-1819), à l’Opéra Grand Avignon, puis Fausto de Louise Bertin (1805-1877), au Théâtre des Champs-Élysées, La Montagne noire d’Augusta Holmès (1847-1903) sera ainsi ressuscitée, à l’Opéra de Dortmund (Theater Dortmund), à partir du 13 janvier 2024.

« Nous avions déjà monté la Frédégonde de Saint-Saëns, complétée par Guiraud et Dukas, à Dortmund, et c’est avec enthousiasme que son directeur général, Heribert Germeshausen, nous a proposé de poursuivre l’aventure, explique Alexandre Dratwicki, directeur artistique du Palazzetto Bru Zane. Autrefois, on a pu voir, sur cette scène, des ouvrages tels que Fernand Cortez de Spontini ou Les Huguenots, et, pour Heribert Germeshausen, il va de soi que Verdi et Wagner se sont nourris du «grand opéra» français. »

Augusta Holmès a laissé quatre opéras : Astarté, dont elle a, sans doute, entendu au moins des extraits ; deux partitions inachevées, Lancelot du Lac et Héro et Léandre ; et La Montagne noire, vaste ouvrage en quatre actes, composé en 1884 et créé, onze ans plus tard, à l’Opéra de Paris (Palais Garnier).

« À Dortmund, la dimension de la salle, où se jouent les représentations d’opéra, celle du chœur et de l’orchestre, se prêtent à ce type d’ouvrage, poursuit Alexandre Dratwicki, même si La Montagne noire, contrairement à sa réputation, dure moins de trois heures et ne nécessite pas davantage de moyens que Don Carlos. »

Augusta Holmès a tenu à composer les paroles et la musique de son opéra. Elle en a situé l’action dans un Monténégro de fantaisie, ce qui lui permet de jouer la carte d’un certain orientalisme balkano-turc, dans la veine de Kassya de Léo Delibes.


Lucienne Bréval, créatrice de Yamina. © Collection José Pons

L’intrigue rappelle, singulièrement, à la fois Carmen et Les Pêcheurs de perles. Elle met en scène la figure d’une étrangère, Yamina, et deux personnages masculins principaux, Mirko et Aslar, unis par un pacte fraternel, que brisera l’inévitable conflit amoureux.

Comme l’ouvrage n’a pas été repris intégralement depuis sa création, le Palazzetto a dû mettre au point une nouvelle édition, celle réalisée par Maquet, au début du XXe siècle, ne comprenant pas l’intégralité de la musique.

« Augusta Holmès a prévu une apothéose, utilisant une dizaine de saxhorns qui, en réalité, n’apportent rien, car ils jouent avec le chœur et l’orchestre à l’unisson, ajoute Alexandre Dratwicki. Cette curiosité s’explique par un contrat signé entre Adolphe Sax et l’Opéra de Paris, qui obligeait les compositeurs à prévoir des parties de saxhorn, lesquelles étaient, bien sûr, coupées dans les théâtres de région ne disposant pas de ces instruments. »

« Grand opéra », La Montagne noire fait d’abord se succéder prières et processions, avant que Yamina arrive et modifie, du tout au tout, l’ambiance. «  La partition se caractérise par son énergie et une tension presque constante, poursuit Alexandre Dratwicki. Le rôle de Yamina, très sopranisant, descend parfois vertigineusement dans le grave, un peu comme la Déjanire de Saint-Saëns. Mirko et Aslar sont confiés à un ténor et à un baryton plus habituels, un peu à la manière de Don Carlos et Posa. »

À Dortmund, ce sont essentiellement des chanteurs de la troupe, s’étant déjà illustrés dans Frédégonde, qui aborderont La Montagne noire, avec, dans le rôle de Yamina, une artiste invitée : Aude Extrémo. Motonori Kobayashi sera au pupitre, et la mise en scène sera confiée à Emily Hehl.

Il n’est pas prévu, pour l’instant, que cette production soit reprise. Mais, en attendant d’autres projets, et peut-être un enregistrement, ceux que passionne l’opéra français pourront assister, les 10 et 11 mai prochain, dans un même week-end, aux dernières représentations de La Montagne noire, à Dortmund, et du Fausto de Louise Bertin, dans sa première scénique depuis sa création (Paris, 1831), à Essen, ville située à 30 kilomètres. Fausto sera joué, à partir du 29 janvier 2024, sur le plateau du Musiktheater, lui aussi partenaire enthousiaste des initiatives du Palazzetto Bru Zane.

CHRISTIAN WASSELIN

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