On en parle La traviata, du Limousin à Bordeaux
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La traviata, du Limousin à Bordeaux

01/12/2023
Deborah Salazar et Davide Tuscano. © Atelier Octogone

L’Académie de l’Opéra National de Bordeaux a été lancée, en 2022, avec un projet consistant à « revisiter » les grandes œuvres du répertoire. Comme Dido and Aeneas, en 2023, La traviata revisited, qui sera donnée au Grand-Théâtre, les 3 et 4 février 2024, a bénéficié d’une résidence de création à la Ferme de Villefavard, dans le Limousin.

Édifié au début du XXe siècle par le pasteur du village, ce lieu atypique, labellisé « Centre Culturel de Rencontre », et dont la grange, transformée en auditorium de 300 places, jouit d’une acoustique remarquable, accueille, aujourd’hui, toutes sortes d’événements, spectacles, résidences d’artistes, et même des enregistrements.

Le 5 novembre dernier était proposé le premier acte de cette « adaptation libre et engagée » de La traviata, suivi d’une rencontre avec les artisans et acteurs de la production. Et c’est un regard résolument contemporain qui est porté sur le chef-d’œuvre de Verdi, repensé, réécrit, réduit à trois personnages, en se voulant, peut-être, plus proche de La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils, pour mettre en lumière l’intimité du récit.

Le metteur en scène Eddy Garaudel, également créateur des costumes, a resserré l’action. Nous assistons, ainsi, à une sorte d’après-fête, où le départ des autres invités permet à Alfredo (le ténor italien Davide Tuscano) de faire sa déclaration à l’hôtesse de la soirée.

Les morceaux musicaux, entremêlés de dialogues parlés, prennent ici un autre relief, le « Brindisi » étant, par exemple, entonné à la demande de Violetta (la soprano franco-mexicaine Deborah Salazar) pour une « dernière chanson », puis repris au vol par elle, dans un flux narratif, dès lors, plus proche du théâtre musical que de l’opéra.

Tout en conservant la ligne mélodique au chant, la compositrice française Lise Borel (née en 1993) a, non seulement, redistribué les voix de l’orchestre aux instruments présents (accordéon, harpe, piano, vibraphone et percussions), mais aussi modifié, par endroits, l’harmonie, donnant à certains passages des allures de « musical ».

L’oreille, partagée entre plaisir de la reconnaissance et surprise devant l’étrangeté, est constamment accrochée par cette Traviata, « ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre ». 

THIERRY GUYENNE

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