On en parle Fidelio en langue des signes à Paris
On en parle

Fidelio en langue des signes à Paris

25/04/2024
Fidelio au Walt Disney Concert Hall de Los Angeles (2022). © Dustin Downing

Une tournée du Los Angeles Philharmonic (LA Phil), sous la baguette de Gustavo Dudamel, est, déjà, un événement en soi, tant la réputation de l’orchestre que celle de son directeur musical et artistique, depuis quinze ans – une longévité contrastant avec son passage éclair à l’Opéra National de Paris ! –, ne sont plus à prouver. Mais quand le programme affiche, le 31 mai, à la Philharmonie de Paris, une version semi-scénique de Fidelio, avec, notamment, Tamara Wilson en Leonore, il n’en est que plus excitant.

La véritable originalité de ce projet, créé au Walt Disney Concert Hall de Los Angeles, en avril 2022, est, toutefois, d’associer aux chanteurs des comédiens du Deaf West Theatre, qui les doublent en langue des signes internationale. C’est pour faire « tomber les barrières, afin que tous les publics puissent participer à des expériences musicales », que le chef vénézuélien a initié cette aventure.

« Avant notre production, l’opéra était une forme d’art considérée comme inaccessible aux sourds », insiste DJ Kurs, le directeur artistique du Deaf West Theatre. Et Alberto Arvelo, chargé de la mise en espace, a, non seulement, choisi de faire doubler un chanteur par un chansigneur, mais aussi, parfois, par plusieurs.

« Dans l’intention d’apporter au public sourd un discours émotionnel analogue à celui de la musique, nous avons imaginé que, dans les moments de crescendo, l’énergie visuelle augmentera également », explique le réalisateur et écrivain ­vénézuélien. « Un air qui, au début, est narré par un seul acteur sourd, verra d’autres acteurs sourds le rejoindre, au fur et à mesure que la musique gagnera en intensité, si bien que nous n’aurons plus un seul acteur, mais quatre ou cinq, ce qui provoquera un véritable crescendo visuel, dans le but d’amener le discours musical dans le domaine de l’image. »

Dans cette optique, le choix de l’ouvrage n’est, bien sûr, pas innocent : « Fidelio a été composé pendant que Beethoven luttait contre une surdité progressive, faisant ainsi écho à l’énergie de ce qu’il était, lui-même, en train de vivre », précise Alberto Arvelo.

C’est donc à une vraie réflexion sur le handicap qu’invite cette production, dont l’un des chœurs (Coro de Manos Blancas, issu d’El Sistema) est constitué d’adultes et de jeunes, « présentant une diversité fonctionnelle ou des handicaps physiques et cognitifs dans la vie quotidienne et les activités artistiques ».

La preuve que la musique est ouverte à tout le monde, et qu’elle peut, surtout, dépasser des obstacles qui semblent insurmontables.

PATRICK SCEMAMA

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