Opéras Manon Lescaut à Madrid
Opéras

Manon Lescaut à Madrid

28/10/2026
Lucas Meachem et Sondra Radvanovsky. © Teatro Real/Javier del Real

Teatro Real, 11 octobre

Le Teatro Real reprend, après cent deux ans d’absence, Manon Lescaut, le premier grand succès de Puccini. Cette nouvelle production, réalisée conjointement avec l’Opéra de Cologne, arrive à Madrid avec une proposition scénique peu convaincante. Carlos Wagner fonde sa lecture sur la circularité : un carrousel néobaroque, résolument kitsch, se transforme successivement en boudoir, en cage et, enfin, en abîme. L’image du manège devenu trou noir, tournoyant au-dessus de Manon dans la scène finale, est aussi explicite que prévisible. L’idée pourrait suggérer la répétition d’un destin auquel l’héroïne ne parvient pas à échapper, mais la mise en scène l’exploite sans profondeur. Le cadre, entre les années 1940 et 1950, oscille entre concours radiophonique, séquence de pole dance et vidéo semblant n’être qu’un caprice, sans justifier le déplacement de l’« Intermezzo » à la fin de l’acte III. Autant d’idées disparates, plus soucieuses d’exhiber des trouvailles visuelles que de construire une dramaturgie cohérente.

À l’artifice et à la simplicité de cette lecture s’ajoute une direction d’acteurs dont les gestes sont emphatiques et forcés, tandis que Manon passe d’une naïveté presque enfantine à une frivolité séductrice sans que cette évolution ne paraisse crédible. Les costumes recourent à un symbolisme chromatique simpliste : Manon passe du blanc immaculé du début à un univers de cabaret, avant de finir en noir. L’éclairage, froid et plat pendant une grande partie du spectacle, accentue la distance émotionnelle.

Sondra Radvanovsky dispose d’une voix ample, dotée d’une grande projection et d’une justesse irréprochable, mais ne parvient pas à incarner une Manon complexe et crédible. Dans « In quelle trine morbide » et surtout « Sola, perduta, abbandonata », le chant ne traduit ni le trouble ni le désespoir. L’exubérance vocale ne se transforme jamais en vérité dramatique ; le jeu scénique accentue les gestes jusqu’à sombrer, à l’acte final, dans des convulsions qui frôlent le ridicule. Michael Fabiano propose un Des Grieux puissant, doté d’une projection suffisante pour ne pas être couvert par l’orchestre, plus crédible que Manon. Pietro Spagnoli campe un Geronte caricatural, dont la voix se trouve parfois engloutie par la fosse. Lucas Meachem assure une prestation solide en Lescaut, mais son personnage manque de relief et de nuances. Enfin, Alejandro del Cerro fait preuve de correction dans le rôle d’Edmondo, même si sa gestuelle excessive rend frivole un personnage qui devrait incarner la loyauté et l’amitié.

Le chœur, préparé par José Luis Basso, offre une prestation globalement satisfaisante. L’orchestre, quant à lui, livre une remarquable performance, fruit du travail accompli sous la direction de Nicola Luisotti. La conduite du maestro italien, directeur honoraire du Teatro Real, allie tempi vifs, maîtrise du rubato et capacité à ordonner des textures orchestrales denses sans sacrifier la couleur ou la tension. Sa lecture révèle toute la richesse de la partition et maintient le souffle théâtral dont la mise en scène est dépourvue. Dans une production qui banalise la complexité psychologique et dramatique de Puccini, Luisotti est, de loin, le grand point fort de la soirée.

MIGUEL BENITO MORATE-D’ALTON

Sondra Radvanovsky (Manon Lescaut)
Lucas Meachem (Lescaut)
Michael Fabiano (Renato Des Grieux)
Pietro Spagnoli (Geronte di Ravoir)
Alejandro del Cerro (Edmondo)
Javier Castañeda (L’Oste, Un comandante)
Mercedes Gancedo (Un musico)
Mikeldi Atxalandabaso (Un maestro di ballo, Un lampionaio)
Javier Franco (Un sergente)
Nicola Luisotti (dm)
Carlos Wagner (ms)
Frank Philipp Schlössmann (d)
Jon Morrell (c)

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