Opéras Orlando à Nice
Opéras

Orlando à Nice

16/10/2026
Joan Martín-Royo et Rémy Brès-Feuillet. © Opéra Nice Côte d’Azur/Nathan Cassar

Opéra, 2 octobre

Cet Orlando de Haendel, coproduit avec Lausanne et Séville, détourne les codes de l’« opera seria » pour faire des passions un théâtre de contradictions. Mariame Clément en signe, avec le scénographe Kaspar Glarner, une mise en scène d’une efficacité intacte (voir O. M. n° 219 p. 92). Autour d’un immense heaume modulable, elle entrechoque l’imaginaire chevaleresque et les références contemporaines.

Dans la fosse, Jean-Christophe Spinosi se démarque de Christopher Moulds, entendu à Lausanne. À la cohérence stylistique tiède de ce dernier, il oppose couleurs, contrastes et nervosité instrumentale. L’Orchestre Philharmonique de Nice, épaulé par le continuo de l’Ensemble Matheus, se montre ductile, même s’il manque de motricité sur certains airs. Rémy Brès-Feuillet, malgré un timbre avenant, campe un Orlando monochrome, qui pâlit face au souvenir de Paul-Antoine Bénos-Djian, conscience qui sombrait les yeux ouverts. Si la vélocité est indéniable, les graves poitrinés relèvent surtout de l’effet de style. Son jeu d’acteur ne convainc pas davantage. La scène de folie, sommet d’un rôle écrit pour Senesino, n’atteint ni la profondeur ni l’impact attendus.

À l’inverse, Marie Lys, seule à retrouver son personnage, s’affirme en Angelica avec une aisance accrue, jusqu’à une plénitude dans les aigus que sa prise de rôle n’offrait pas toujours. Fernando Escalona, au timbre plus capiteux que celui de Brès-Feuillet, séduit en Medoro. Sa justesse vacille pourtant çà et là, quand Paul Figuier s’imposait par son assurance. Emilie Rose Bry investit Dorinda d’une ardeur qui laisse trop peu sourdre la mélancolie, comme Ana Vieira Leite avant elle. Joan Martín-Royo, enfin, a la stature de Zoroastro, sinon le bronze ample de Callum Thorpe, et affronte honorablement des vocalises que quelques décalages écornent. Inégale, la distribution ne dissipe pas le trouble de cet Orlando, dont la mise en scène et la direction musicale entretiennent le clair-obscur, sans jamais départager la folie de l’ironie.

CYRIL MAZIN

Rémy Brès-Feuillet (Orlando)
Marie Lys (Angelica)
Fernando Escalona (Medoro)
Emilie Rose Bry (Dorinda)
Joan Martín-Royo (Zoroastro)
Jean-Christophe Spinosi (dm)
Mariame Clément (ms)
Kaspar Glarner (dc)
Valerio Tiberi (l)
Gianfranco Bianchi (v)

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