Opéras Carmen, opéra-paysage itinérant à Paris
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Carmen, opéra-paysage itinérant à Paris

02/10/2026
© Stefan Brion

Cité des Arts et collège François Couperin, 26 septembre

Depuis sa création en 2023 au Théâtre de l’Aquarium, à la Cartoucherie de Vincennes, ce Carmen, opéra-paysage itinérant a déjà pas mal tourné avant d’être intégré à cette saison hors les murs de l’Opéra-Comique : une forme de consécration que cet accès au théâtre où l’original fut créé ! Ce spectacle en extérieur avec déambulation entre deux lieux acquiert il est vrai une acuité et une fraîcheur remarquables, grâce à un propos excluant tout folklore et se concentrant sur la relation toxique entre Carmen et José – et en excluant certains personnages, dont Micaëla –, mais aussi par l’originalité et le tact des arrangements musicaux. Jérémie Arcache et Igor Bouin se sont en effet appuyés sur un trio de base piano-violoncelle-clarinette enrichi ponctuellement d’interventions – assurées par les chanteurs – de trombone, trompette, ukulélé et diverses percussions, nous faisant redécouvrir chaque morceau qu’on connaît par cœur. D’autant qu’un air peut être chanté en trio, voire repris par tous ou ponctué par un contrepoint vocal ironique.

La fête chez Lillas Pastia (rôle tenu par la metteuse en scène Jeanne Desoubeaux) devient ainsi, dans la cour du collège François Couperin, un improbable cabaret où l’on vient pousser la chansonnette devant le micro : la « Chanson bohème », entonnée à trois puis par tous, n’en est que plus déjantée, l’air « de la fleur » devient un touchant aveu prenant la foule à témoin, et les couplets du toréador le show torride d’un torero au déhanché ravageur en short cycliste moulant ! La Cité internationale des Arts abrite de son côté les premier et dernier tableaux, d’abord cour de caserne face à la manufacture de tabac, puis arène où, parallèlement à la corrida, se joue l’affrontement final, soulignant le fait que l’œuvre s’ouvre sur un harcèlement de rue pour s’achever par un féminicide. La soirée commence d’ailleurs par des conseils, donnés par Frasquita et Mercédès, sur la façon de réagir face au harcèlement, suivis d’un hilarant cours de self-défense au féminin, parvenant à faire rire sur un sujet si grave.

Le chef-d’œuvre de Bizet est servi ici avec une énergie formidable par une troupe de jeunes chanteurs dont chacun, dans un contexte plus traditionnel, n’aurait pas forcément les moyens de son rôle, mais qui sont tous parfaitement à leur place dans ce projet, soutenus par l’excellence des musiciens. On admire la beauté et la flamme du mezzo chaud mais sans lourdeur d’Anaïs Bertrand en cigarière, secondée par le duo explosif formé par Agathe Peyrat et Pauline Leroy, très sollicitées dans le spectacle. Jean-Christophe Lanièce est évidemment un parfait Moralès (déjà tenu salle Favart), mais il casse la baraque en Escamillo décalé. Samy Zerrouki confère à Zuniga une originale présence lunaire à la Fassbinder. Enfin, Benoît Rameau est un touchant Don José, brave garçon dépassé par la violence que la passion révèle en lui, et arrive à négocier de sa voix assez légère l’air « de la fleur » – chanté au micro tout en douceur, façon variété, avec un délicieux si bémol falsettisé – comme les éclats du duo final.

Le dénouement brutal, ce soir de surcroît sous une magnifique pleine lune, laisse d’abord le public tétanisé, avant de le voir éclater d’enthousiasme. Cette façon de casser les codes et cadres de l’opéra, tout en sachant restituer l’œuvre dans toute sa puissance, est à dire vrai remarquable.

THIERRY GUYENNE

Anaïs Bertrand (Carmen)
Benoît Rameau (Don José)
Agathe Peyrat (Frasquita)
Pauline Leroy (Mercédès)
Jean-Christophe Lanièce (Moralès, Escamillo)
Samy Zerrouki (Zuniga)
Jeanne Desoubeaux (Lillas Pastia)
Jérémie Arcache & Igor Bouin (dm)
Jeanne Desoubeaux (ms)
Cécilia Galli (d)
Alex Costantino (c)
Thomas Coux (l)

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