Théâtre du Capitole, 25 septembre
Pour Stefano Poda, artiste touche-à-tout, plasticien, metteur en scène, décorateur, éclairagiste, chorégraphe… la scène, et plus encore l’opéra, est le lieu de tous les possibles. Impressionnants par leur force visuelle et leur recherche esthétique, ses spectacles sont des propositions complètes où les arts se répondent. Toulouse ne s’y est pas trompé, faisant appel à lui pour Ariane et Barbe-Bleue (2019), Thaïs (2025) et cette Rusalka vue la première fois en 2022 (voir O. M. n° 187 p. 60). Véritable bijou scénique, cette production n’a rien perdu de sa magie, le spectateur restant envoûté face à la beauté de ses images où domine l’élément aquatique.
Marchant sur l’eau avec délicatesse, Ruzan Mantashyan est une Rusalka vocalement irréprochable. Voix puissamment projetée, ligne ferme, aigu radieux, elle domine l’étendue de ce rôle emblématique. Seule son interprétation trahit une personnalité quelque peu froide et distante qui met trop longtemps à fendre l’armure et à révéler enfin sa fragilité – comme sa Tatiana au Palais Garnier la saison dernière. Face à elle, les trois Dryades de Marianne Croux, Marion Vergez-Pascal et Svetlana Lifar sont excellentes. Agnieszka Rehlis incarne la terrible Ježibaba avec un instrument torrentiel, Ricarda Merbeth offrant de beaux restes en Princesse étrangère. Si le chœur et les petits rôles tirent leur épingle du jeu, Alexander Roslavets et Pavol Breslik sont éblouissants, le premier en Vodník à la voix bouillonnante, le second en Prince idéal de timbre et d’expression, qui irradie de sa présence le bouleversant finale.
Giacomo Sagripanti, enfin, livre en fosse une prestation musicale inoubliable de pureté, de poésie et d’onirisme, parvenant à traduire chaque détail de cette partition sophistiquée ; sous sa battue régulière et aérienne, mais aussi l’impeccable rendu de l’Orchestre National du Capitole, la nature comme la passion s’expriment ici avec emphase et dans la plus grande délectation sonore.
FRANÇOIS LESUEUR
Pavol Breslik (Le Prince)
Ricarda Merbeth (La Princesse étrangère)
Ruzan Mantashyan (Rusalka)
Alexander Roslavets (Vodník)
Agnieszka Rhlis (Ježibaba)
Marianne Croux (Première Dryade)
Marion Vergez-Pascal (Deuxième Dryade)
Svetlana Lifar (Troisième Dryade)
Timothée Varon (Le Garde-chasse, le Chasseur)
Anne-Lise Polchlopek (Le Marmiton)
Giacomo Sagripanti (dm)
Stefano Poda (ms/dcl/ch)
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