Corte Malatestiana, 25 août
Pour sa cinquième édition, le festival Il Belcanto ritrovato a choisi de ressusciter un opéra de Carlo Coccia, contemporain de Rossini et son concurrent à Venise dans les années 1810. Sa Donna selvaggia, dramma « eroicomico », fut en effet donnée en 1813 au San Benedetto, l’année même où y était créée L’Italiana in Algeri, après Tancredi à la Fenice. Le livret propose une énième variation sur le thème de l’épouse vertueuse faussement accusée par un soupirant repoussé. Bannie et condamnée à mort, non pour adultère mais pour trahison au profit de son frère, en guerre avec son mari, elle sera sauvée par l’homme qui devait l’assassiner, Gustavo, l’un de ses fidèles. Ce dernier trouvera un stratagème pour la protéger en la cachant dans la forêt sous une peau d’ours, d’où le titre. De ce déguisement qui pourrait s’avérer mi-burlesque mi-pathétique, ni le librettiste ni la mise en scène ne tirent profit. L’accusateur une fois démasqué, le Duc sera pris de remords et cherchera son épouse pendant tout l’acte II. La Duchesse innocentée réconciliera son époux et son frère et pourra chanter un rondo dont la construction et la tonalité font penser à celui de La Cenerentola.
Assez compliqué, avec un mélange peu convaincant de comique et de tragique, le livret de Giuseppe Maria Foppa ne donne guère d’occasions au compositeur de faire valoir sa veine théâtrale. Il revient la plupart du temps au récitatif de faire avancer l’action, tandis que les airs et les ensembles restent de pures illustrations des états d’âme des protagonistes. La musique, élégante et agréablement orchestrée, n’est pas en cause, mais avec un air certain de parenté avec l’idiome rossinien, elle n’offre que peu ou pas de surprises, et son usage de l’ornementation semble toujours destiné à mettre en valeur la virtuosité des interprètes, et non, comme chez Rossini, à s’intégrer au développement mélodique et à en renforcer l’expressivité.
La mise en scène tient plutôt de l’habillage, avec des costumes inspirés du Quattrocento et quelques éléments de décor dont une grotte très élaborée à la fonctionnalité limitée. À part quelques initiatives des chanteurs, on ne peut guère parler de direction d’acteurs.
La meilleure prestation est celle de l’unique rôle bouffe, le page de la Duchesse, le peureux Oranteo, dans lequel Matteo Torcaso fait valoir un beau talent comique. Le plateau offre en revanche d’excellentes performances vocales et se révèle d’une belle homogénéité. Dans le rôle-titre, il ne manque à la mezzo Martiniana Antonie qu’un supplément d’engagement pour rendre sa prestation tout à fait remarquable, car elle maîtrise à la perfection une ligne de chant immaculée et une tessiture très longue, le rôle ayant été créé par Marietta Marcolini. Belle voix centrale de ténor héroïque, aux suraigus un peu risqués, Paolo Nevi tire le maximum de son rôle de chevalier servant auquel il ajoute une petite touche d’auto-dérision bienvenue. Dans le rôle du mari suspicieux, Alessandro Abis possède une bonne voix de basse chaleureuse mais déjà un peu grise. Zheng Wang joue à la perfection le traître chafouin et Paola Leoci illumine le plateau de sa voix brillante de soprano léger mais suffisamment corsé.
Réduit à dix choristes, le chœur masculin du Teatro della Fortuna paraît un peu faible, même pour une œuvre légère. Il est desservi de plus par une absence totale de prise en charge scénique. Dans la fosse, l’Orchestra Sinfonica G. Rossini, sous la baguette efficiente d’Enrico Lombardi, rend pleinement justice à une partition agréable au plan mélodique mais qui semble encore très marquée par l’héritage du XVIIIe siècle et de Paisiello, dont Coccia fut l’élève.
ALFRED CARON
Alessandro Abis (Ildebrando, duca di Spoletti)
Martiniana Antonie (Matilde, sua loglie)
Palo Nevi (Gustavo)
Zheng Wang (Adolfo)
Matteo Torcaso (Oranteo)
Paola Leoci (Irene)
Carlo Sgura (Fermondo)
Timoteo Bene junior (Gilberto)
Enrico Lombardi (dm)
Alessandro Brachetti (ms)
Gabriele Sassi (d)
Marta Della Monica (c)
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